La crise de la Dette et la loi Sapin II

Chaque jour, nous entendons parler de la Dette publique française avec le risque de crise que cette dernière entraîne. Mais qu’est-ce que la crise de la Dette ?

La crise de la dette est le moment où le service de la dette que doit payer un Etat est tellement élevé qu’il entraîne le pays dans une spirale destructrice. Cet Etat doit emprunter non plus uniquement pour rembourser le principal (l’emprunt) mais également pour payer une partie des intérêts qu’il doit à ses débiteurs. Le paiement des intérêts ne va donc plus, par conséquence, dans le financement des fonctions régaliennes comme l’armée, la police, la justice, la monnaie et la diplomatie. Le pays entre dans ce qui est communément appelé une trappe à dette.

Regardons le contexte actuel de la France : l’Etat, les administrations et les collectivités locales ont une dette de 7500 milliards d’euros, si l’on incluse le hors-bilan, c’est-à-dire les engagements de l’État comme par exemple, la retraite des fonctionnaires et la Sécurité Sociale. Cela représente, au 1er janvier 2026 et en France, un emprunt de près de 110.000 € par habitant, depuis le bébé jusqu’au vieillard. Avec un PIB 2025 estimé à 3310 milliards d’euros[1]Worldometer, PIB par pays (2025) – FMI, le 29/01/2025, https://www.worldometers.info/fr/pib/pib-par-pays/, la Dette française représente 227 % de l’ensemble des richesses (privées et publiques) produites en France en 2025. Depuis 1974, aucun budget n’a été positif et la dette totale augmente d’une façon exponentielle. Elle n’est pas soutenable. Le service de la dette est prévu pour atteindre 100 milliards d’euros d’ici 2030 (Banque de France).

Le financier états-unien Jim Richard explique que lorsqu’une dette publique dépasse les 90 % du Produit intérieur brut (PIB), cette dernière ne peut plus engendrer des revenus supérieurs à l’emprunt. En-dessous de ce seuil, et à condition qu’il soit orienté vers un investissement productif (et non pas une aide à la consommation), un dollar de dette peut dégager une plus-value 0,10 point (1 $ → 1,1 $). Mais, à l’inverse, à 100 % du PIB, chaque dollar emprunté ne pourra générer, au mieux, que 0,9 $. Au-delà du seuil de 90 %, chaque emprunt, même orienté vers la production, ne pourra qu’augmenter le déficit public.

Mais pour revenir en France, dans sa situation actuelle, quels sont les risques concrets pour les habitants ? Tout en répondant à cette question, il faut garder à l’esprit que dans cet article, je ne parle que de l’impact de la dette publique. Dans la réalité, bien sûr, cette dernière se cumule aux emprunts privés.

Le 9 décembre 2016, la Loi Sapin II est votée. Même si le but officiel était de lutter contre la corruption et de moderniser la vie économique – les deux objectifs ont été magistralement manqués – elle a surtout été retenue par le public par le fait qu’elle autorisait le gouvernement français, en cas de crise financière, à bloquer les montants présents dans les comptes bancaires, au-delà de 100.000 €. A titre de rappel, tout argent dans un compte de dépot est un contrat dans lequel le client prête de l’argent à l’établissement bancaire dont il devient le créditeur. Seuls la détention d’actions, c’est-à-dire un titre de propriété, peut éviter ce genre d’expropriation. La détention de métaux précieux à l’Etranger peut être une parade, sous certaines conditions.

Les assurances-vies françaises se doivent d’avoir des obligation d’État. Alors que beaucoup de Français pensent que ces obligations sont des placements sûrs, elles reposent, de fait, sur le sur-endettement de la France.

Dans le cas d’une crise, l’Elysée peut également très bien ordonner, ou provoquer, la fermeture de toutes les agences bancaires et de leurs distributeurs automatiques de billets. Nous avons vu ce type de réaction en Grèce.

Dans l’histoire, ce genre de scénarios s’est plusieurs fois produit.

La crise de Law en 1720 durant laquelle des billets de banque perdirent leur valeur monétaire et la banque du financier britannique fut plusieurs fois fermée.

En 1923, l’Allemagne, déjà très endettée par la première guerre mondiale, se retrouve soumise au diktat des alliés. Pour répondre à ces pressions, la République de Weimar déclenche la planche à billets à un rythme effréné : nous avons tous en mémoire les images historiques d’Allemands allant faire leurs courses avec une brouette remplie de coupures.

La crise états-unienne de 1929 est notamment déclenchée par une explosion de l’endettement[2]C. Chavagneux, Une brève histoire des crises financières, 2011, Poche. Elle s’est ensuite propagée en Europe et au Japon, provoquant les montées des totalitarismes qui engendreront la seconde guerre mondiale. A la fin de la guerre, ruinées, les anciennes puissances européennes et nippone perdront leur statut géo-politique et financier.

En 1971, la fin des Accords de Bretton Woods, c’est-à-dire de la parité du dollar avec l’or, amorce la période actuelle ou les monnaies fiduciaires sont rongées chaque année par l’inflation, c’est-à-dire que le montant de billets et de pièces (sous forme papier et numérique) est largement supérieur à celui des richesses créées. En France, avec la crise dite pétrolière, l’inflation a atteint près de 14 % en 1974.

Entre 1981 et 1983, Mitterrand lance une grande relance par la demande, pour la plus grande joie… des industriels nippons de l’époque. La balance commerciale et celle des finances publiques atteignant des profondeurs inquiétantes, le Président de la République fait machine arrière : des déficits trop importants devant être compensés par une dévaluation du franc français, c’est-à-dire une baisse du pouvoir d’achat des ménages, cette politique se révèle intenable.

Pendant ce temps-là, en Argentine où les dépenses publiques crèvent le plafond, l’inflation fait de même (650 % en 1985) et des scènes de pillage de magasin sont filmées par les chaînes de télévision.

En 2000, avec l’arrivée de l’euro, une décorrélation directe se créé entre les Français, leurs gouvernants et la monnaie utilisée : les gouvernants peuvent emprunter, les consommateurs peuvent acheter et l’addition est prise en charge par la Banque Centrale Européenne qui jouit d’une bonne crédibilité grâce à la Banque centrale allemande (Bundesbank).

Avec la crise des emprunts pourris (sub-primes) états-uniens en 2008, puis celle de 2021 avec le Covid, la France, à chaque fois, a choisi de dépenser (beaucoup) plus que ce qu’elle produisait et a creusé sa dette, y compris pendant les périodes de prospérité (exemple : entre 2012 et 2020). Mais ce n’est pas grave : ce sont les Allemands qui payent grâce à leur politique interne d’austérité !

Cette naïveté française ne doit pas nous faire oublier les fermetures des banques grecques, en 2015, par le Premier ministre grec Alexis Tsipras, pendant une semaine, et l’ensemble des mesures d’austérité helléniques qui sont toujours actuelles. Le PIB grec de 2024[3]PIB grec de 2008 : 265,02 milliards de $ constants de 2015. BIP grec de 2024 : 223,66 milliards de $. Sources : Banque Mondiale et OCDE. était encore en-dessous de près de 16 % à celui de 2008 ! Toujours en Europe du sud, en 2013, le gouvernement chypriote décida de ponctionner les comptes de 100.000 euros et plus domiciliés à la Bank of Cyprus […] [de] plus de 60% de leur épargne[4]La Tribune, Ponction massive à Chypre sur les comptes de plus de 100.000 euros, 30/03/13, https://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20130330trib000756871/ponction-massive-a-chypre-sur-les-comptes-de-plus-de-100.000-euros.html.

Aujourd’hui, la France confirme son enfermement dans une trappe à dette : il suffit de regarder la difficulté qu’éprouve le Parlement pour voter le budget de 2026 qui s’annonce – comme c’est étonnant ! – une nouvelle fois déficitaire. Cette situation est dramatique : Marc Touati n’hésite pas à mettre en parallèle la crise hellénique des années 2010 et celle de la France aujourd’hui. Avec une petite différence toutefois : l’impact d’une crise française serait à même, de mon point de vue, de faire tomber la zone euro qui, de toute façon est structurellement faible car elle impose une même monnaie pour des économies nationales trop contrastées : la présence conjointe des Pays-Bas et de l’Allemagne avec l’Espagne, le Portugal et la Grèce empêche l’adaptation des taux d’intérêt et devises à la situation économique de chaque pays. Les Néerlandais et les Allemands se retrouvent avec une monnaie trop basse ; les Espagnols, les Portugais et les Grecs avec une devise trop haute. Les Français, quant à eux, ont vécu avec une monnaie qui ne les a pas encouragés à faire les réformes nécessaires au début des années 2000. Ils ont profité du banquet pendant plusieurs décennies mais le patron du restaurant est en train d’arriver avec l’addition !

La facture que vont devoir payer les français pourrait bien se concrétiser sous la forme de ponctions pures et simples sur leur épargne bancaire et d’impôts supplémentaires sur leurs investissements. Quitte à fragiliser l’ensemble du tissu des PME françaises. En 2025, 68500 entreprises ont mis la clé sous la porte – un record ! – avec l’ensemble des conséquences sociales et financières que cela entraîne : chômage, traumatismes familiaux et scolaires, addictions, maladies, baisses des revenus fiscaux et augmentations des charges.

Les solutions sont pourtant connues : Margaret Thatcher, celle qui avaient été surnommée la Dame de fer (the Iron Lady), avait su transformer un pays en faillite[Le Fond Monétaire International avait dû intervenir en Grande-Bretagne en 1976.] en une des toutes premières places financières mondiales. La métamorphose fut dure – la grève des mineurs de charbon fut un des exemples terribles de cette période – mais elle se fit. Une Dame de fer, me direz-vous ? Peux-être. Mais elle fut élue quatre fois à la tête de son pays. De l’autre côté de la Manche, depuis de Gaulle, aucun Président n’a été réélu tout en étant soutenu par une majorité parlementaire.

Plus au sud, le Portugal, autrefois moqué comme faisant partie des PIGS[5]PIGS : Les acronymes de « Portugal, Irland, Greece, Spain » signifie également « cochons » en anglais., a entamé voici plusieurs années des réformes structurelles. Ce pays bénéficie aujourd’hui d’un taux d’emprunt inférieur à celui de la France, ce qui veut dire que les investisseurs font plus confiance, en 2026, au marché lusitanien qu’à celui de l’hexagone. De l’autre côté de l’Atlantique, l’Argentine, vue au début du XXe siècle, comme une terre de promesses économiques, a vu ses espoirs diminuer jusqu’à tomber dans une crise inflationniste délirante. Cependant, Javier Mileï, arrivé au pouvoir le 10 décembre 2023, a pu supprimer de nombreuses dépenses publiques, ramener l’inflation[Avec une prévision à 10,1 % pour 2026.] à 31,5 % (contre un nombre à trois chiffres auparavant), dégager un excédent budgétaire deux fois de suite[En 2024 et 2025.] et diminuer le taux de pauvreté, malgré les cris d’orfraies de certains économistes tel le Français Picketty[6]En 2023, avec une centaine d’autres économistes, Picketti avait écrit : Ces propositions […] sont lourdes de risques qui les rendent potentiellement très néfastes pour l’économie argentine et le peuple argentin..

Dans la situation très inquiétante où se trouve leur pays, des Français, afin de se protéger d’une ponction partielle ou totale de leurs économies, décident d’ouvrir un compte bancaire en dehors de l’Union Européenne. D’autres choisissent de faire le grand saut et quittent la France, afin de se libérer d’un Etat qui ne respecte plus la propiété privée et donc la liberté individuelle ; un Etat qui malgré son record du monde de dépenses publiques (57 % du PIB) ne peut plus assumer ses fonctions régaliennes. Ce sont souvent des personnes avec un haut niveau d’études et/ou avec une forte volonté d’entreprendre dans une région où la liberté individuelle, du moins économique, est davantage respectée.

Ces choix, s’ils sont très classiques, demandent toutefois un effort d’adaptation tant intellectuel (on change de paradigme) que géographique et relationnel. Pour ceux qui ne peuvent – ou ne veulent pas partir – l’économiste Charles Gaves conseille de travailler dans le secteur privé : ce dernier sera moins sensible aux coupures budgétaires qui seront d’autant plus brutales qu’elles seront décidées tardivement.

Ces démarches de sortie financière ou totale du territoire français n’empêchent toutefois pas de voter en faveur de candidats assez courageux et honnêtes pour lutter contre la corruption[Sous Macron, la corruption bat des records [7]Le Canard Enchaîné du 7 janvier 2026. A l’échelle plus locale, j’avais moi-même dénoncé des conflits d’intérêts et des largesses (plusieurs centaines de milliers d’euros) accordées entre élus, dans les Yvelines : L’élue bénéficiait de largesses de la part du premier-adjoint de Jouy-en-Josas, Contrib’City, 22 avril 2021.) ou les conflits d’intérêts[8]Dans son livre La vérité vous rendra libre (p133), Charles Gave évoque l’achat d’une mine nigérienne d’uranium pour 1,8 milliard d’euros par la société Areva dirigée par Anne Lauvergeon (Mines, ancienne conseillère de Mitterrand). Dans cette mine, on a découvert par la suite qu’il n’y avait pas la moindre trace d’uranium. La personne qui lui avait conseillé cet achat n’était qu’autre M. Fric, mari de Mme Lauvergeon, qui avait des intérêts privés dans le secteur du nucléaire. L’affaire, qui s’est déroulée voici plus de dix ans, n’est toujours pas jugée., à l’échelle locale ou nationale, et pour réformer en profondeur la France. A cela, certains citoyens rejoignent des structures qui sensibilisent aux dangers d’une dépense publique hors de contrôle. Car, à la fin, ce sont souvent les plus faibles qui payent le prix fort de politiques dites sociales mais complètement déconnectées de la richesse réelle produite dans un pays.

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Bibliographie

C. Chavagneux, Une brève histoire des crises financières, 2011, Poche (262p)

Mouna Chidiac, Paris, 200, Les origines de la crise économique de l’Argentine en 2001, https://www.irenees.net/bdf_fiche-analyse-94_fr.html

Plain Finance Reborn, Jim Rickards Shared Terrifying Prediction, 21 janvier 2026, https://www.youtube.com/watch?v=IvFcwnEb45Y

Sylvain ZUBER, Le Japon des années 1930-1940 : Fascisme ou traditionalisme ?, https://les-yeux-du-monde.fr/actualites-analysees/asie-oceanie/8299-le-japon-des-annees-1930-1940

Alain Grandjean, Laurent Hutinet, L’hyperinflation de Weimar : quelques leçons à retenir, 2022, https://theothereconomy.com/fr/fiches/lhyperinflation-de-weimar-quelques-lecons-a-retenir/

République Française, Qu’appelle-t-on le système de Bretton Woods ?, 2024, https://www.vie-publique.fr/fiches/38285-quappelle-t-le-systeme-de-bretton-woods

JDD, La Grèce ferme ses banques, le 29/06/2015, https://www.lejdd.fr/International/La-Grece-ferme-ses-banques-les-marches-s-inquietent-740016-3167459

AFP-Le Monde, Les principales mesures du plan d’austérité grec, 02 mai 2010, https://www.lemonde.fr/europe/article/2010/05/02/les-principales-mesures-du-plan-d-austerite-grec_1345619_3214.html

La Tribune, Ponction massive à Chypre sur les comptes de plus de 100.000 euros, 30/03/13, https://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20130330trib000756871/ponction-massive-a-chypre-sur-les-comptes-de-plus-de-100.000-euros.html

Marc Touati – Capital, La France de 2024 «ressemble de plus en plus à la Grèce de 2009», voici pourquoi, 19 octobre 2024, https://www.capital.fr/economie-politique/la-france-de-2024-ressemble-de-plus-en-plus-a-la-grece-de-2009-voici-pourquoi-1504167

Louise Darbon – Le Figaro, Les faillites d’entreprises ont atteint un niveau record en 2025, 6 janvier 2026, https://www.lefigaro.fr/flash-eco/les-faillites-d-entreprises-ont-atteint-un-niveau-record-en-2025-20260106

Tejvan Pettinger – Economic Help, UK – IMF Crisis of 1976, 6 October 2025, https://www.economicshelp.org/blog/132993/economics/uk-imf-crisis-of-1976/

Légifrance, Loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique, JORF n°0287 du 10 décembre 2016, https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000033558528

Histoire de l’inflation en France depuis 1900, https://france-inflation.com/inflation-depuis-1901.php

Finary Talk #50, Effondrement de la France, Danger européen : le monde de demain selon Marc Touati, https://finary.com/en/videos/finary-talk-50

Banque Mondiale, OCDE, PIB ($ US constants de 2015) – Greece, https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/NY.GDP.MKTP.KD

Martha Wolf, Eliahu Toker, Matilde Gini Barnatan, Abraham Plakin, Iaacov Rubel, Leonardo Sekman, Pioneros de la Argentina, Los Inmigrantes judios, Manrique Zago ediciones, 1982 (216p).

Nicolas Lecaussin, Contrepoints, Quand Thomas Piketty écrivait que l’élection de Javier Milei allait créer le chaos économique, mercredi 21 janvier 2026, https://contrepoints.org/election-javier-milei-chaos-economique/

Bertrand de Foucauld, Contrib’City, L’élue bénéficiait de largesses de la part du premier-adjoint de Jouy-en-Josas, le 22 avril 2021, https://contrib.city/index.php/2021/04/22/le-mystere-aubert-lelue-beneficiait-de-largesses-de-la-part-du-premier-adjoint-de-jouy-en-josas/

Didier Hassoux, Le Canard Enchaîné, Sous Macron, la corruption bat des records, le 7 janvier 2026.

Charles Gave, La vérité vous rendra libre, 2023, Pierre de Taillac (230p).

 

 

 

 

 

Références[+]

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