Inondations et risques conjoints : qui paye et qui profite? (édition complète)

Dans son article du 3 avril 2020 (Ouverture d’un hébergement COVID-19 à Jouy-en-Josas[1]Disponible sur https://contrib.city/index.php/2020/04/03/ouverture-dun-hebergement-covid-19-a-jouy-en-josas/), Contrib’City avait mentionné, en fin de texte, que le site des Bas-Pré, à Jouy-en-Josas, destiné à la gestion de la pandémie du Corona, était également inondable. Un Contrib’Citizen, que CC remercie encore, avait vivement interpelé le site sur le fait d’avoir mentionné simultanément deux risques naturels mais de priorités différentes. CC lui avais répondu qu’une deuxième vulnérabilité, même si elle pouvait revêtir un aspect moins urgent, pouvait augmenter la première. C’est ce qui s’est passé dans la nuit de samedi à dimanche dernier, notamment en Ile-de-France où l’équivalent de trois semaines de précipitations sont tombés en quelques heures[2]FRANCE 2, Intempéries : une nuit d’orages en Bretagne et en Île-de-France, le 10 mai 2020, [Consulté le 11 mai 2020]. Disponible sur https://www.francetvinfo.fr/meteo/inondations/intemperies-une-nuit-d-orages-en-bretagne-et-en-ile-de-france_3957703.html : une inondation a obligé des soignants de la Croix-Rouge à évacuer l’EHPAD Sainte-Agnès à Boulogne-Billancourt, durant la période de confinement. A titre de rappel, la ville de Boulogne-Billancourt se situe sur une plaine alluviale de la Seine. Elle a une densité de 19.300 habitants au km² et jouit d’une très forte attractivité du fait de sa proximité de la Ville de Paris et du centre d’affaires de la Défense. Le prix moyen du foncier est de 8792 €/m² pour les appartements (source INSEE) avec une hausse de presque 25% sur ces cinq dernières années[3]CHAMBRE des NOTAIRES de PARIS, Carte des prix de l’immobilier du Grand Paris, fin février 2020. [Consulté le 12 mai 2020], disponible sur : https://paris.notaires.fr/fr/carte-des-prix.

La ville de Boulogne-Billancourt dans le creux d’une boucle de la Seine, au sud-ouest de la ville de Paris. On remarque les coteaux au sud-ouest du fleuve. La carte est orientée vers le nord.
Boulogne-Billancourt. La carte est orientée vers le sud-ouest.
Boulogne-Billancourt. La carte satellite 3D est orientée vers le sud-ouest.
La maison de retraite Sainte-Agnès, dont les caves ont été inondées dans la nuit du 9 au 10 mai 2020, est située à moins de 600 m des plus hautes eaux connues (surface bleutée). Comment se fait-il que le système électrique d’un établissement recevant un public potentiellement fragile soit installé dans la partie la plus susceptible d’être inondée?

A Jouy-en-Josas, au sud-ouest de Boulogne-Billancourt, les lames d’eau sur la route qui va des Loges-en-Josas (sur le côteau sud) jusqu’au fond de la vallée de la Bièvre, ont emmené avec elles de la terre et des cailloux montrant la force d’érosion de cette crue orageuse qui n’était pourtant que de moyenne intensité.

En face, la route des Loges qui monte depuis la rue de la Libération. On aperçoit la terre déposée par l’eau qui s’est écoulée depuis le haut du coteau. Photo : BdF, le 10 mai 2020,  à 13h08.
Rue de la Libération. A gauche, la route des Loges. En arrière-plan, le passage à niveau qui longe la Bièvre. On distingue les alluvions sur la chaussée. Photo : BdF, le 10 mai 2020,  à 13h08.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rue de la Libération, en direction d’HEC. Sur la droite, un habitant procède au nettoyage des dépôts de terre et gravats. D’après son témoignage, ces déversements arrivent chaque année.
Croisement entre la route des Loges (derrière) et la rue de la Libération, en arrière-plan.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Point le plus bas de la rue de la Libération.

 

Inondations et alluvions à Jouy-en-Josas – Des habitants sont contraints, comme chaque année, de nettoyer la chaussée devant leur domicile ou lieu de travail. D’après le témoignage de l’une des personnes, un immeuble HLM, rue de la Libération, a vu ses terrasses puis ses appartements inondés du fait que des travaux de réhabilitation, réclamés depuis plusieurs années, tardent encore à venir.

 

Service de nettoyage des alluvions, à la charge du contribuable. Photo BdF, le 10 mai 2020, à 16h50.

Si cette dernière avait été plus forte, de type centennale, on peut imaginer les dégâts potentiels en regardant les chiffres de la crue de 1982[4]cf : Centre-ville de Jouy : le chantier de la polémique, le 13 mars 2020. Disponible sur : https://contrib.city/index.php/2020/03/13/centre-ville-de-jouy-le-chantier-de-la-polemique/. Si un évènement orageux moyen (mais il est vrai que ce sont deux orages qui ont sévi à Jouy-en-Josas, le premier vers 22h00 environ, le second vers minuit) a pu déplacer des mètres cubes de gravât, qu’aurait-ce été si cet épisode avait été suivi de pluies de type torrentiel pendant plusieurs heures?

La rue Oberkampf, dans le centre-ville, depuis le passage à niveau. On remarque les alluvions déposées sur la chaussée. Photo : BdF, le 10 mai. 12h52.

 

Passage piéton qui passe sous la voie ferrée. La ligne de chemin de fer coupe la rue Oberkampf et la commune.

 

Le passage souterrain est inondé (1 mètre de hauteur d’eau environ). Cette photo interroge sur la pertinence de la construction de parkings souterrains dans le lit majeur des cours d’eau. Qu’il s’agisse de sécurité des personnes ou bien de gestion financière à moyen terme, est-il raisonnable de construire des bâtiments avec des niveaux souterrains dans une zone inondable? Est-il juste que ce soit les contribuables et tous les assurés qui payent les conséquences lorsqu’à terme l’inévitable se produit?

Dans le centre de Jouy-en-Josas, l’escalier sous-terrain qui passe sous la ligne de RER a été inondé avec une hauteur d’eau d’environ  mètre. La commune a procédé au pompage du passage pendant plusieurs heures ce qui, du coup, amène à réfléchir sur la pertinence de la construction de parkings souterrains dans le lit majeur de la Bièvre. En effet, le chantier Nacarat, le long de la Bièvre, inclut des stationnements souterrains alors que l’immeuble se situe en pleine zone inondable (1,10 m lors de l’inondation du 22 juillet 1982).

Coupe altimétrique de la vallée de la Bièvre selon un axe qui longe la rue Pasteur, là où se situe le chantier Nacarat. Les précipitations décalées sur l’amont de la rivière, couplées avec des ruissellements, pouvant être de régime torrentiel étant donné la déclivité des coteaux, peuvent engendrer une accumulation donnant lieu à une crue exceptionnelle. Shéma : BdF. Source data : IGN.

A titre de rappel, Jouy bénéficie d’un cadre de vie exceptionnel, est entouré de centres de formation et de recherche prestigieux (X, Paris-sud, Sup-Télécoms, HEC, INRA). Sa population, notamment le quartier du Val d’Albian, passe progressivement d’une population ouvrière à celle de cadres, professions libérales ou chefs d’entreprises. Bref, la ville s’embourgeoise et l’évolution du foncier en est un des signes : le prix du m² a augmenté de 25% ces dix-huit derniers mois[5]CREDIT FONCIER, Prix de l’immobilier au m2 à Jouy-en-Josas. [Consulté le 12 mai 2020], disponible sur : https://prix-immobilier.creditfoncier.fr/prix-m2/yvelines-R78/jouy-en-josas-id78322 sur une tendance haussière de fond puisque que le foncier yvelinois a plus que doublé depuis l’an 2000 et a augmenté de presque 14% depuis 2010[6]MEILLEURS AGENTS, Évolution du prix de l’immobilier dans les Yvelines, [Consulté le 12 mai 2020], disponible sur : https://www.meilleursagents.com/prix-immobilier/jouy-en-josas-78350/. Les constructions de logements neufs connaissent une forte croissance : dans presque tous les quartiers jovaciens, on peut voir des chantiers en activité, y compris dans des zones inondables.

Photo BdF, le 13/03/2020. Chantier Nacarat, à droite. A gauche, à moins de 100 m en amont, entre les arbres et l’avenue Jean Jaurès (où l’on aperçoit les deux voitures), coule la Bièvre qui entre ensuite dans une canalisation. Évidemment, en cas de crue exceptionnelle, l’eau débordera malgré les digues. En cas de sinistre, qui paye : le promoteur ou la population?

En conclusion, que ce soit à Boulogne-Billancourt ou à Jouy-en-Josas, l’augmentation de la densité et de la demande de logements, dans les villes franciliennes bourgeoises ou en voie de l’être, contribue à exercer une pression sur ces territoires, y compris sur des endroits à risques. Mais sur ces zones risquées (inondations, glissements de terrain, pollutions), qui paye en cas de sinistre? Les décideurs qui ont bien été prévenus? Ou bien les contribuables et les assurés, c’est-à-dire nous tous? Mais si le risque est assumé par la population, est-ce que cette dernière jouit des profits dégagés par ces chantiers? Si l’aléa inondation se réalise, par exemple sur le chantier Nacarat, dans le centre de Jouy, faut-il considérer ce dernier comme une « catastrophe naturelle » quand il ne s’agit, en fait, que de la construction d’un immeuble sans pilotis, dans une baignoire susceptible de se remplir à tout moment dès que la météo est orageuse? Voilà quelques interrogations intéressantes. Contrib’City serait intéressé de lire les réponses des personnes concernées.

 

Références   [ + ]

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