Hébergement d’urgence à Jouy : Quid du Covid?

Le centre d’hébergement temporaire, sur l’ancien site de formation de Thalès, réquisitionné voici plusieurs semaines par le Préfet Jean-Jacques Brot, semble avoir atteint sa vitesse de croisière : il accueille aujourd’hui un peu moins de vingt pensionnaires (pour une capacité de 50), de nationalité française pour la plupart ainsi qu’un Russe, un Moldave et un Britannique. Tout ce petit monde arrive grosso modo à vivre ensemble, notamment avec l’aide de l’Institut Français d’Interprétariat.

Mais ce centre, géré par la Croix Rouge[1]A titre de rappel, la Croix-Rouge a les statuts d’association et d’entreprise sociale à but non lucratif. Dans le secteur social ou socio-médical, il arrive que l’Etat ou une collectivité territoriale locale passe un appel d’offre et les acteurs sociaux, entreprises ou association, répondent à cet appel en envoyant leur offre (quel service pour quel prix). abrite d’abord des personnes touchées (ou susceptibles de l’être) par le virus Corona appelé également Covid-19. Or, si l’on regarde d’un peu plus prêt, un certain nombre de dysfonctionnements sanitaires apparaissent.  Le centre a été ouvert le 3 avril[2]cf : Ouverture d’un hébergement COVID-19 à Jouy-en-Josas, le 3 avril. Disponible sur : https://contrib.city/index.php/2020/04/03/ouverture-dun-hebergement-covid-19-a-jouy-en-josas/ mais les sur-blouses, nécessaires à la protection du personnel soignant ou travaillant à proximité des malades, ne sont arrivées, au plus tôt, que le 13 avril. Les charlottes, c’est-à-dire les coiffes légères qui permettent d’éviter aux postillons de se déposer sur les cheveux, n’étaient pas encore arrivées le vendredi 17 de ce mois. Aucune protection des yeux (le virus passe notamment par les muqueuses) ni aucune sur-chausse n’a été évoquée pour l’instant. Or, d’après le témoignage d’un médecin local, la tenue de tout personnel entrant dans la chambre d’une personne atteinte par le Codid-19 doit être celle d’un chirurgien dans une salle d’opération.

Instructions sanitaires pour les personnels soignants dans le cadre de l’épidémie de Corona.

Certes, d’après la Mairie de Jouy-en-Josas, les chambres et couloirs sont désinfectées quatre fois par jour avec un virucide[3]Contrib’City n’a pas pu vérifier in-situ cette information. Certes, l’installation de ce type d’hébergement est nécessaire et les pensionnaires étrangers ont exprimé leur étonnement d’avoir été aussi bien accueillis. Mais au-delà de cela, l’action sanitaire présente tout de même, comme ailleurs en France, un amateurisme inquiétant en matière de prévention, surtout pour un établissement réquisitionné par la Préfecture, donc par l’Etat. Est-ce du fait de ce manque de rigueur que l’Allemagne d’Angela Merkel, avec une population supérieure de presque 25% à celle de la France[4]L’Allemagne compte, fin 2019, 83,2 millions d’habitants et la France 67. Cf : POPULATION DATA, Atlas des populations et pays du monde, 2019, [consulté le 21 avril 2020]. Disponible sur : https://www.populationdata.net/continents/europe/, n’a enregistré « que » 4404 décès contre 20.265 dans notre pays[5]EFICIENS, Coronavirus statistiques, le 20 avril 2020 à 19h29, [consulté le 21 avril 2020]. Disponible sur : https://www.eficiens.com/coronavirus-statistiques/#evolution-contamination-france, soit près de cinq fois moins que chez nous?

Si comme l’estiment, dans un de ses discours le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, et à l’échelle plus locale, la vice-présidente des Yvelines, Marie-Hélène Aubert, nous sommes « en guerre », il semblerait que nous ayons nettement plus de pertes que notre voisin. Il serait peut-être temps de retenir la leçon de cette épidémie et d’améliorer grandement notre résilience médicale, sans parler de la dimension économique, face aux catastrophes naturelles[6]Les épidémies font également partie des catastrophes naturelles, un microbe étant un élément vivant affectant le peuplement d’un ou plusieurs territoires donné. Selon P. George et F. Verger, […] les épidémies peuvent être considérées à certains égards, comme des catastrophes naturelles. Cf : GEORGE Pierre, VERGER Fernand, Dictionnaire de la géographie. 8e éd, Paris, PUF, 2004, p 63. Les géographes P. Baud, S. Bourgeat et C. Bras confirment également cette classification : dans le sous-chapitre Les autres risques naturels, ils précisent bien que les risques liés à une forme de vie animale ou virale font aussi partie des risques majeurs [naturels]. Cf : BAUD Pascal, BOURGEAT Serge et BRAS Catherine, Dictionnaire de géographie, Paris, Hatier, 2003, p 368.

Mais pour cela, peut-être serait-il judicieux de réfléchir à l’organisation de nos tissus péri-urbains sur le moyen ou long terme, en se basant sur les analyses des chercheurs. Les géographes P. Baud, S. Bourgeat et C. Bras, déjà en 2003, nous avertissaient clairement : les risques majeurs correspondent essentiellement aux phénomènes potentiellement catastrophiques pouvant entraîner des milliers de victimes. Leur prévision est par conséquent essentielle. Celle-ci repose sur une recherche fondamentale et sur la prospective, c’est-à-dire les hypothèses de scénarios que l’on peut envisager[7]Cf : idem, p 361. Dans le domaine médical, au-delà de la polémique actuelle sur son médicament contre le virus Covid-19, l’hydroxychloroquine, le Pr Didier Raoult informait, également en 2003, les élus nationaux sur les risques en matière de bioterrorisme et d’épidémie. Il préconisait, par exemple, de préparer un circuit d’isolement allant des aéroports et des gares jusqu’à un des 3 centres identifiés (Paris, Lyon, Marseille) dans des conditions permettant d’éviter la diffusion des microorganismes, ceci à l’aide d’ambulances spécialisées […] . Il recommandait aussi de développer l’usage des masques pour les soignants et les patients atteints de pneumopathie grave[8]RAOULT Didier, Rapport de mission, 2003, p 53 – 54, [consulté le 21 avril 2020]. Disponible sur : https://medecine.univ-amu.fr/sites/medecine.univ-amu.fr/files/mission_bioterrorisme_raoult.pdf. Il avait prévenu de l’impréparation de la France en cas de réalisation d’un aléa épidémique.

Encore faut-il prendre en compte les points de vue de ces chercheurs.

Peut-être devrions-nous alors ne plus regarder uniquement à l’échelle temporelle des mandats politiques (5 ou 6 ans) mais sur celui de la progression de nos territoires (bâtis ou non) et des relations que les habitants développent entre eux (déplacements quotidiens/voyages; sédentarisation/nomadisation; hyper-densification/émiettement; centralisation/équilibrage régional). Cela serait bénéfique pour l’ensemble de la population, depuis les ainés jusqu’aux enfants, c’est à dire l’avenir de la vie.  

(Photo de couverture, le 15 avril 2020 : entrée du centre d’hébergement temporaire sur l’ancien site de formation de Thalès. Distribution de produits par des bénévoles (une vingtaine en tout) aux pensionnaires. Sur le parking, on distingue à gauche une animatrice et plus au fond, une pensionnaire. L’animatrice a un simple masque (peut-elle en changer tous les quatre heures?). Au 13 avril, dans le meilleur des cas, aucun personnel n’avait de vêtement de protection sanitaire, après dix jours d’ouverture).

Lien complémentaire : CAVELIER Lucien, Chronologie d’une crise : des faits contre des mensonges d’État, le 6 avril 2020. [Consulté le 22 avril 2020]. Disponible sur : https://medium.com/@CavelierLucien/chronologie-dune-crise-des-faits-contre-des-mensonges-d-%C3%A9tat-cb2291782acb

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Références[+]

Une réflexion sur “Hébergement d’urgence à Jouy : Quid du Covid?

  • 23 avril 2020 à 19 h 46 min
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    Bonjour,

    merci pour cet article très intéressant qui démontre une nouvelle fois que le politique est dépassé par les évènements, surtout quand la résilience tout secteur confondu n’est pas au rendez vous. QUID du centre des bas près COVID.19 géré par la croix rouge qui visiblement est en panne de moyens. Grave sur le point de vue de la sécurité sanitaire.

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