Donald Rumsfeld

par Jean-Pierre Arbon  (ancien directeur général de Flammarion, chanteur, poète et compositeur).

 

Donald Rumsfeld est mort.

Bien que je ne l’aie jamais rencontré en personne, je puis tout de même en parler un peu. Ancien Secrétaire à la Défense du Président Gerald Ford, et futur Secrétaire à la Défense du Président George W. Bush (on lui doit la guerre d’Irak, Guantanamo et Abou Ghraïb, je renvoie à l’article du Monde pour la nécrologie officielle), le trépassé dirigeait au cours des années 80 le laboratoire américain GD Searle, qui était (avec Synthélabo, qui fusionnera plus tard avec Sanofi) l’un des deux actionnaires d’une joint-venture pharmaceutique que j’ai créée et dirigée, aux Pays-Bas.

Searle avait mis au point, en 1960, la première pilule contraceptive orale, puis inventé l’aspartame, premier édulcorant de synthèse, connu sous les noms de marque de Canderel et de Nutrasweet. Après de gros succès, la société s’était mise à décliner, entourée d’une réputation un peu bizarre. Elle avait son siège à Skokie, Illinois, dans la banlieue de Chicago, là où le National Socialist Party of America avait coutume de réunir ses congrès. On y cultivait la bureaucratie à l’américaine la plus détestable. Il y régnait une ambiance paranoïaque. Les manuels de procédures internes se composaient de plusieurs dizaines de volumes. Le management était pesant, le contrôle de gestion suspicieux.

Malgré tout, pendant ces années-là, M. Rumsfeld a gagné beaucoup d’argent. Il est vrai que de son action en tant que CEO, on peut retenir trois faits d’armes qui ont ravi ses actionnaires : l’étouffement des multiples soupçons de falsification de données concernant l’innocuité de l’aspartame, son produit phare ; le dégraissage énergique des effectifs (il réussit en quelques années à éliminer soixante pour cent de ses employés) ; et la vente, pour finir, de Searle à Monsanto (elle-même rachetée depuis par Bayer), une compagnie qui n’avait pas encore la notoriété planétaire acquise depuis grâce à ses semences OGM, mais était cependant déjà célèbre pour son agent orange ainsi que pour diverses autres spécialités bienfaisantes disponibles dans sa gamme de défoliants et son vaste choix de pesticides.

Il parait que lorsque je m’étais acheté tout seul mon premier Macintosh sans demander l’autorisation à personne, l’affaire était remontée jusqu’à lui et l’avait irrité. Qu’est-ce que c’était que ce petit merdeux, de l’autre côté de l’Atlantique, qui commandait du matériel informatique sans respecter la procédure interne pour ce type d’investissements et sans se soucier d’obtenir les quinze signatures nécessaires ? J’ai donc été ainsi, pendant quelques minutes, l’objet de son attention ; après quoi il n’entendit vraisemblablement plus jamais parler de moi.

J’aurais aimé que la réciproque soit vraie.

 

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