Bezos et l’espace : pionnier ou exploiteur?

Lucien Cavelier :

Depuis toujours je regarde cette frénésie de la conquête spatiale avec fascination et dégoût.

Fascination car la curiosité fait partie de mon être, comme une nature humaine, s’exprimant par une volonté farouche de savoir, de connaître, mobilisant une énergie qui guide chacun de nous dans des domaines plus ou moins utiles pour l’intérêt général. Car je ne peux renier cette quête de la connaissance qui a conduit l’humanité à son point actuel, pour le meilleur et le pire et qui m’habite également.

Mais je regarde aussi cette quête permanente de l’ailleurs avec dégoût, car j’y vois un éternel recommencement, un cycle si propre à l’humain qui ne sait que trop bien comment s’y prendre pour souiller des lieux encore immaculés.

Avec dégoût je regarde ces milliardaires s’emparer de cette aventure et enfiler le costume de l’homme du futur exécrablement représentatif de notre humanité.

Avec dégoût, je vois que notre planète est en piteux état et que nous regardons vers l’ailleurs qui est pour l’instant un néant.

Je regarde avec harassement cet humain si absurde, sciant la branche sur laquelle il est assis tout en s’émerveillant d’un beau ciel étoilé de plusieurs milliards d’années passées.

En fait, mon ami Lucien Cavelier pose une question de fond : faut-il regarder vers de nouveaux horizons ou bien déjà commencer par nettoyer sa propre maison, afin que cette dernière devienne une maison propre?

Je répondrai par quelques questions et remarques : est-ce que M. Bezos[1]bisous en espagnol si l’on remplace le “z” par un “s” : est devenu riche par magie ou bien parce qu’une partie de cette humanité achète ses services? Ensuite, si les hommes se retrouve un jour face à un monopole du commerce en ligne, à qui devront-ils s’en plaindre : à M. Bezos ou à eux-mêmes? Enfin, dernière interrogation : finalement, n’est-ce pas bien commode d’utiliser le nom de cet homme d’affaires pour développer le “buzz”?

Maintenant, deux remarques : quand j’achète un produit en ligne, comme la FNAC, je me fais livrer par le service de livraison de la (chaîne de) boutique(s). J’évite ainsi, du moins je l’espère, de conforter l’oligopole étasunien.

Ensuite, il me semblait que les véritables pionniers de l’Espace étaient Neil Armstrong et Edwin Buzz Aldrin, sans oublier le pilote du véhicule spatial, Mickael Collins, au sein de l’équipe du programme Apollo XI de la NASA. Neil, malgré de nombreuses propositions, a, je crois, toujours refusé d’utiliser commercialement son voyage vers la Lune[2]source : BBC World Service. Ensuite, Buzz, après cette incroyable odyssée de tous les risques, a certainement bien porté son nom.

Enfin, face au nouveau marché de l’espace, à commencer par le tourisme de masse, peut-on reprocher à un homme d’affaires de tester le-dit marché?

Conclusions : “it is business as usual” et un marché n’existe que par ses clients. A ces derniers de déterminer quel cadre social et environnemental, voire philosophique, ils souhaitent apporter à ce marché. A ces derniers, également, le droit et le devoir d’exprimer leurs souhaits via leurs bulletins de vote.

(Photo de couverture : fin d’éclipse de Lune, BdF, le 27 juillet 2018, 23h10.)

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