Déficit, dette & Damoclès : le silence abyssal des candidats (1/2)

Cela fait des années que nous n’investissons plus dans les dettes de l’Etat français. Ainsi s’exprimait un banquier, lors d’un entretien sur le déficit, cet été. Tout à coup, malgré la chaleur de l’été, l’atmosphère se refroidit. En effet, quand une grande institution financière vous exprime clairement qu’elle ne croît pas que vous pourrez commencer un jour à rembourser votre dette, cela pose question quant à notre volonté collective d’inverser – ou même de ralentir – le déficit structurel de notre société. Autrement dit, le fait que depuis essentiellement 1981, nous voyageons en première classe mais avec un billet de seconde, provoque la suspicion chez certains financiers. Quelques chiffres : fin 2020, la dette des administrations publiques françaises s’établissait à 2.650,1 Md€ soit 115,7 % du PIB[1]Au sens de l’accord de Maastricht. L’Etat français contrôle un peu plus de 50% du Produit Intérieur Brut[2]Le PIB français, en 2020, était de 2.302,9 milliards d’euros.. Le taux de recettes publiques[3]Le taux de recette publique est égal à l’ensemble des recettes des différentes administrations divisé par le Produit intérieur brut du pays concerné en France étant égal ou légèrement supérieur à 50% du PIB depuis 2006 et nos structures publiques étant endettées à 115% du PIB, cela signifie que l’Etat est endetté à plus de deux fois ses revenus. Mettre en rapport le déficit cumulé public français avec le PIB a l’avantage d’être simple et, surtout, d’édulcorer la réalité. Mais le bon sens veut que l’on mette en rapport la dette de l’Etat avec les propres revenus de ce dernier (et non pas celui du secteur privé).

Last but not least, nous devons inclure à la dette “principale” le coût des engagements hors-bilan de l’Etat (retraite des fonctionnaires et régimes spéciaux comme la SNCF, la RATP ou les Marins), la gestion de catastrophes industrielles (nucléaire…) ou “naturelles” (inondations, incendies de forêts…). Un budget qui montait à 4.100 Mds € en 2016 d’après l’AFEP, soit presque le double de la dette en 2020. En conclusion, l’Etat, c’est-à-dire nous-mêmes, n’est pas endetté à un peu plus de 100% de la richesse produite en France, mais bien plutôt à presque trois fois ses propres revenus. Aïe!

Oui, certes, cette dette est un problème, me direz-vous, mais l’Etat français continue à emprunter à des taux très faibles, après avoir même atteint des taux négatifs. S’il est vrai que l’Allemagne peut s’endetter à des prix encore moins chers, nous, Français, sommes dans une trajectoire déficitaire continue depuis quarante ans, comme déjà indiqué plus haut. Même pendant les phases de croissance économique et financière, comme entre 2011 et 2019, nous n’avons pas pu ralentir notre rythme d’endettement. Le défi n’est plus que nous allons vers l’abîme mais bien celui que nous y sommes déjà, après quatre décennies de mensonges électoraux. Nous n’avons plus, et depuis longtemps, les moyens de notre train de vie.

Entre 1960 et 2016, l’Etat français a augmenté drastiquement ses dépenses (essentiellement de fonctionnement). Ces dernières sont passées de 35,9% en 1960 pour atteindre 56,4% en 2016. Ce dernier chiffre a été, depuis, largement dépassé avec, en 2020, un taux de dépenses publiques de 61,6%. Source : INSEE.

Certains économistes français pensent qu’une dette publique n’a pas à être remboursée. Or, c’est tout le contraire! Comme je l’avais déjà dit dans un article précédent : une dette est toujours remboursée. Toujours. Sauf que lorsque le débiteur ne peut pas payer, c’est le créditeur qui le fait[4]A noter, d’ailleurs, que cet axiome s’applique non seulement dans le domaine financier mais également dans d’autres. Or, qui sont les créditeurs de la dette française? Nous trouvons des investisseurs étrangers certes[5]signe que notre production de richesses dépend étroitement de structures étrangères, la moitié du CAC 40 est détenu à l’extérieur de la France mais aussi les détenteurs français d’assurances-vie, de livret A et autres compte d’épargne. Comment, vous aussi avez une assurance-vie et un compte d’épargne? Oui. En effet, plus de 2000 milliards d’euros sont stockés dans les ordinateurs des banques : M. Macron aimerait bien que ce pactole aille davantage vers les entreprises et ne reste pas sur des livrets “sûrs” mais peu productifs. Objectif présidentiel : que tout cela rapporte un peu plus de recettes fiscales.

Or, aucun candidat à la présidentielle – treize déclarés et deux potentiels (y compris le président actuel), s’ils arrivent tous à emporter les cinq cent signatures de maires – ne s’est clairement et concrètement exprimé sur les moyens concrets pour rembourser notre dette publique. Pourtant, cela est simple : rembourser une dette, cela veut dire travailler plus pour gagner moins. Le surplus dégagé par une éventuelle augmentation de l’activité, voire même par une augmentation de la productivité[6]Productivité : augmentation de la production pour un même niveau d’investissement, permettrait non seulement d’arrêter de dépenser plus que ce que l’on ne gagne mais surtout de commencer à rembourser.

Les outils pour rembourser ce que nous devons ne manquent pas : augmenter les impôts (mais nous sommes déjà champions de l’OCDE en matière de prélèvement fiscal), diminuer les dépenses (nous avons là une grande marge de manœuvre pour rendre plus efficace notre argent public), vendre une partie supplémentaire de notre patrimoine, y compris le CAC 40 (mais cela ne résoudra pas les problèmes structurels de notre gestion publique) ou bien encore utiliser l’inflation (mais cette dernière est sous le contrôle de la Banque centrale européenne, pas sous celui de l’Exécutif français). Sinon, il reste un dernier moyen radical : “effacer” la dette. Cela signifie, comme mentionné plus haut, faire payer les créanciers : c’est-à-dire, entre autres, les épargnants français. Bref, quelque soit le sens dans lequel on prend le problème, la boucle est bouclée et ce, d’une façon douloureuse.

 

 

Références[+]

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