Extension urbaine et inondations (Paris & Londres)

L’extension urbaine de l’Ile-de-France et de Londres augmente la vulnérabilité de ces deux agglomérations, face aux risques d’inondation. La réalisation d’équipements de lutte contre les crues, décidée par les pouvoirs publics, apporte un faux sentiment de sécurité aux habitants. En effet, cela encourage les collectivités territoriales à étendre les zones constructibles – et notamment à construire des logements – sur d’anciens terrains inondables. Ces zones pourraient bien être inondées à nouveau, avec toutes les conséquences socio-économiques et humaines que cela impliquerait, en cas de crues majeures, comme celle de Paris en 1910 ou celle de Londres en 1928.

Lire plus : https://www.academia.edu/39763086/Extension_urbaine_et_le_facteur_de_risque_fluvial

(Photo de couverture : bord de Seine à Paris).

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Facteur de risque fluvial

Définition et état des lieux

Par crue pluviale, on signifie le fait que le flux d‟un cours d‟eau augmente d‟une façon spectaculaire, sur un laps de temps de quelques heures, suite à une pluie intense tombée sur le bassin versant de ce cours d‟eau. Une crue pluviale peut arriver pendant une période où le débit habituel est plutôt faible, du fait par exemple de l‟évapo-transpiration (exemple : la Seine pendant le mois d‟août à Paris). Elle peut se passer également pendant une période de fortes eaux (la Seine en janvier à Paris). On différencie d‟une part, une crue pluviale après une forte pluie sur le bassin versant, et la crue qui correspond à l‟atteinte d‟un niveau d‟eau exceptionnel, par rapport aux hautes eaux habituelles calculée sur plusieurs années. Une « crue pluviale » a donc un aspect plus ponctuel qu‟une « crue ». Selon Lazzaro (cf : schéma 2.4), la phase montante d‟une crue pluviale ne dépasse pas une durée 15 heures. La crue de la Seine à Paris, en 1910, a nécessité 10 jours environ pour atteindre son pic (8,62 m à Paris le 28 janvier).

Au départ, le souhait était de trouver un outil qui puisse être utilisé sur n’importe quel territoire, d’une façon uniforme. Mais, c’était oublier le fait que chaque espace est unique. Chaque bassin versant, chaque ville, chaque quartier a sa propre unicité, non reproductible.

On choisit de concevoir un outil de calcul des risques fluviaux suite à une urbanisation, en se basant sur le bassin versant de la Seine à Paris, et celui de la Tamise, à Londres; on met « un zoom » sur la boucle de la Seine, située entre Chatou et Montesson (Yvelines), un autre sur la courbe comprise entre Greenwich Reach et Erith Reach, à l‟est de la capitale britannique. Le Pr Jean-Noël Salomon1 recommande, pour analyser un risque d’inondation, d’étudier d‟abord la morphologie de l’ensemble du bassin versant. Ensuite, peuvent venir les calculs de modélisation ou de probabilité, sur une
1 L’Homme face aux crues et aux inondations, Jean-Noël salomon, Ed Presses Universitaires de Bordeaux, 1997

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partie de ce bassin versant. Stéphanie Beucher1, souligne également la nécessité de procéder d’abord par le territoire car celui-ci inclut l’ensemble des acteurs et des enjeux concernés par le fleuve. De même, N. Meschinet de Richemond et M. Reghezza dénoncent le fait que malgré les discours officiels, les études hydrologiques restent souvent séparées de la réalité territoriale. Ces chercheurs conseillent donc de procéder d’abord par une analyse géographique et historique globale – en fait la compréhension du terrain – et uniquement après les calculs mathématiques.

Si la littérature est assez abondante sur les risques d’inondations en Ile-de-France, on a soit des analyses purement topographiques, soit des méthodes statistiques, comme l’a montré le colloque organisé par la société française d’hydrologie, à Paris, en juin 2010. À l’image de Jean-François Gleyze et de M. Reghezza, l’étude ne portera pas uniquement sur les aléas – ces derniers sont extrêmement complexes – mais surtout sur la vulnérabilité matérielle et humaine. Pour l’aspect matériel, nous mettrons ensemble les enjeux géographiques/urbanistiques et économiques, en utilisant notamment le concept de produit intérieur brut (PIB) régional. Cette utilisation commune de la vision du bâti et celle de l’économie est plus rarement citée dans la littérature ; cependant, les « Grands lacs de Seine » ont réalisé une étude (publiée en 1998) sur les coûts que causeraient aujourd‟hui une crue de type 1910.

Ce chapitre se veut comme l’ouverture d’une piste de réflexion, et non comme une analyse exhaustive et comparative des risques d’inondations dans les deux capitales. En effet, on a été confronté, au début des recherches, à de nombreuses inconnues. Parmi les plus évidentes, nous pouvons citer le problème d‟étalonnage pour l’altitude zéro, dès lors que l‟on effectuait une comparaison entre les deux capitales. En effet, le « zéro » d‟altitude n’est pas le même pour les cartes marines et pour les cartes terrestres. Surtout, l‟étalonnage est également différent non seulement entre les régions françaises (par exemple Marseille et Brest), mais également entre les cartes françaises et Britanniques. C‟est un géomètre de l‟Institut de Géographie National (IGN), M. Alain Coulomb, qui m‟apporta une réponse face aux différents échelonnages du « zéro ». Ce géomètre ayant effectué des nivellements comparatifs dans le tunnel de la Manche, au moment de sa construction, a pu déterminé avec précision la différence d‟étalonnage de l‟altitude entre le système de l‟IGN 69 (France) et celui de l‟Ordnance Survey (Royaume-Uni) : 0,42 m de plus pour les mesures françaises2. Dès lors, on pouvait établir un premier lien comparatif entre les cartes françaises et britanniques.

1 Le risque d’inondations dans le Val-de-Marne, Annales de géographie, N° 657, 2007, p470-492, Ed Armand Colin 2 Tableau issu de la page 12 du compte-rendu CR/G 68, Liaison des réseaux de nivellement anglais et français par le tunnel sous la Manche/Rapport de mission (1994), Alain Coulomb, IGN, Mai 1996

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Les deux capitales du point de vue de leur urbanisme présentent de nombreux points similaires, qui poussent à la comparaison : forte centralisation nationale, pôles principaux non seulement politique mais également économique et démographique, et extension urbaine difficilement contrôlable. Géographiquement, les deux villes sont traversées par un fleuve. Géologiquement, Paris et londres sont situées dans un même grand bassin sédimentaire franco-anglais, avec une sorte de goutière1 au milieu : la Manche. Vers 2,6 ou 1,8 millions d‟années BP, « au début de pléistocène, le littoral de la mer du Nord se situe très au nord du Pas-de-Calais actuel, le long d‟un axe joignant l‟East Anglia à Anvers2 ». Du fait des périodes glaciaires et la présence calottes de glaces sur les îles britanniques, la Manche est un fleuve qui se jette dans le golfe de Gascogne. A cette époque géologique, la Seine et la Tamise font partie du même système fluvial.

A l‟inverse, du point de vue hydrologique, les deux villes sont confrontées à des situations différentes : Paris est menacée par des crues d‟origine pluviale uniquement, Londres par des inondations d‟origine ombrique également, mais surtout maritime. Cette différence de positionnement par rapport à l„estuaire fait que la capitale britannique est particulièrement sensible à l‟élévation du niveau de la mer, et aux vents des dépressions atmosphériques situées au-dessus de l‟Atlantique et au nord-ouest des îles britanniques. Ces vents s‟engouffrent dans le corridor de la Manche – ce qui provoque un effet Venturi – puis suivent le couloir estuarien de la Tamise. Quand une marée haute, à fort coefficient, se combine à ce type de vent, ainsi qu‟éventuellement à une crue fluviale venant de l‟amont, le niveau de la Tamise augmente fortement, risquant de provoquer de fortes inondations. A titre d‟exemple, à marée haute moyenne, le niveau du fleuve entre Greenwich Reach et Erith Reach se situe à 5 m au-dessus du rivage : le sol, dans cette zone de marais, est à l‟altitude « zéro » (plus ou moins 1 m).

1 Le relief de la France, J. Beaujeu-Garnier, Ed. SEDES, Paris, 1972, p 126 2 Le relief de la France; coupes et croquis, yvonne Battiau-Queney, ed Masson géographie, Paris 1993, p 132

D90

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Après un aperçu des principales caractéristiques géologiques du bassin franco-londonien, on analysera les composantes de l’événement « crues » puis la vulnérabilité matérielle et humaine des bassins parisien et londonien. Par vulnérabilité matérielle dans les régions parisienne et londonienne, on désigne l‟ensemble des structures – et des bénéfices que ces dernières apportent – susceptible d‟être endommagé par une inondation, du fait de son exposition à l‟aléa des crues. Par vulnérabilité humaine, on signifie l‟ensemble des populations habitants dans ces deux zones (péri)urbaines exposées à un risque de dommages corporels et/ou psychologiques plus ou moins graves.
2. La morphologie des bassins versants
2.1 La morphologie des Bassins parisien et londonien
Les deux bassins se caractérisent par « une remarquable continuité des lignes de cuestas, concrétisant une cuvette presque parfaite entourée par une couronne quasi-continue de massifs anciens sur lesquels s‟appuient les séries sédimentaires1 ». Ces massifs sont nés suite à des plissements hercyniens primaires pour le Bassin de Paris. Ils sont issus de plissements calédonohercyniens primaires pour le Bassin de Londres. Les reliefs calédoniens sont situés en Ecosse (d‟où leur nom). Par extension, les massifs nés à la même époque que l‟orogenèse calédonienne peuvent être qualifiés également de calédoniens : la chaîne Pennine au nord du Bassin Londonien, et les Monts Cambriens à l‟ouest-nord-ouest. Toujours dans la même direction (O-N-O), mais plus près du centre du bassin, on trouve les cuestas des Costwold Hills. Au nord-ouest du grand Londres, se dressent les collines Chiltern (craie et nodules de silex), dont le côté nord-ouest, face à la vallée d‟Aylsebury, est escarpé. A l‟ouest et au sud-ouest du Bassin Londonien, on trouve des reliefs hercyniens, de part et d‟autre du Canal de Bristol : les Black Mountains et la Cornouaille. Enfin, au sud, les Downs (du germanique « dun », colline) du nord et du sud, avec entre les deux, le Weald : ces reliefs proviennent de l‟érosion d‟un seul et même anticlinal, datant du Crétacé inférieur, et qui trouve son prolongement, en direction du sud-est, dans les collines du Boulonnais, en France.

1 Géomorphologie, Roger Coque, Ed Armand Colin, Paris, 2002, p 98

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Coupe transversale du dôme du Weald, dans le comté du Kent

D91. Sources : ClemRutter, 22 avril 2007. Alluvium : alluvions Chalky North Downs : les Downs du nord, crayeuses. Les Downs du Kent sont herbeuses. South Downs : les Downs du sud Wells : puits Underlying Palaeozoic platform : plateforme paléozoïque (530 à 245 millions d‟années BP). Sand : sable Greensand : grès de couleur vert-olive. C‟est un sédiment d‟origine marine et souvent associé à des couches de craie et d‟argile.

Au nord, sur la carte, l‟érosion des reliefs a déposé des alluvions dans le lit de la Tamise. Au sud, on voit le littoral. Les roches présentes dans le substrat du Weald sont le grès (sur les crêtes), et l‟argile (dans les vallées). En superposition de ce substrat, on trouve des couches de sable et de craie. Ainsi, comme dans le Bassin Parisien, on retrouve l‟alternance de roches perméables et imperméables, provenant de plateformes anciennes ou de sédiments plus récents. La présence de couches géologiques perméables, dans les bassins versants de Londres et Paris, participe à rendre souterrain une partie du ruissellement, et donc à ralentir l‟avancée des eaux.

La plateforme du Weald correspond à l‟orogenèse calédonienne (Silurien, – 420 à – 400 MA) responsable de la surrection de la chaîne écossaise et des Ardennes franco-belges. Cette plate-forme est donc plus ancienne que celle du Bassin Parisien qui s‟est formée sous l‟orogenèse hercynienne. Cette dernière constitua « les quatre cinquièmes du tréfonds structural de la France »1 . Elle a

1 Géographie physique de la France, Gérard Mottet, ed PUF, Paris, 1993, 3e ed, p 22 & 23

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grandement participé à l‟élaboration des massifs armoricain, vosgien et central, nés à l‟ère précambrienne. Ainsi, les deux bassins (Paris et Londres) à la fois forment un même ensemble structural (sédiments, anticlinal Wealdieno-Artois, continuation des plissements) et montrent des différences structurales.

Les massifs, qui entourent le Bassin Parisien, datent pour les plus vieux de 2 milliards d‟années : le Massif Armoricain (Vendée, Bretagne et Cotentin), les Vosges et le Massif Central. Ce dernier mesura probablement jusqu‟à 20.000 mètres d‟altitude, « à l‟emplacement actuel du Limousin1 », il y a 300 MA, avant ses différentes phases d‟érosion et de rajeunissement. Il joua un rôle important dans le dépôt d‟alluvions – et notamment de sable – dans le Bassin Parisien, et particulièrement dans le bassin versant de la Seine en Ile-de-France, via la paléo-Loire. En effet, la Loire, vers Briare, avant de bifurquer aujourd‟hui vers le nord-ouest, continuait vers le nord et se jetait dans le Loing, lui-même affluent de la Seine.

Au cours de l‟ère primaire, les Ardennes, au nord-est du Bassin Parisien, sont nées pendant la période du Silurien » (- 420 à – 400 millions d‟années ou MA). Le Bassin Parisien, composé du socle précambrien (20 à 30 km d‟épaisseur au niveau national), est recouvert de différents sédiments (2 à 3 km d‟épaisseur) qui se sont déposés au fur et à mesures des différentes transgressions des mers péri-continentales (ère secondaire) et de l‟érosion des massifs anciens. Les différentes transgressions du secondaire ont eu lieu au :

Période (P.) du Jurassique (- 204 à – 130 MA)

Epoque (E.) Lias ou Jurassique inférieur (- 205 à – 180 MA). Les Bassins Parisien et Londonien, ainsi que la Manche, sont des territoires sous-marins. Les dépôts sont composés de marne, d‟argile, et de marne-calcaire, « souvent imperméables et peu résistants ».

E. Dogger et Malm ou Jurassique moyen et supérieur. La transgression et la sédimentation continuent, et atteignent même les Ardennes et l‟Artois. Les massifs hercyniens sont protégés par une épaisse végétation, ce qui limite « les apports terrigènes et détritiques »2 . L‟eau, peu polluée et assez chaude à cette époque, est un bon biotope pour les coraux. On retrouve les traces de ces derniers, sous forme d‟un calcaire très dur, dans le massif du Saussois et « sur les récifs de la vallée de l‟Yonne où l‟on peut reconstituer un véritable récif-barrière ceinturant un lagon, de Mailly-la-Ville à Coulangessur-Yonne».

Cette période du Jurassique a donc fourni une importante sédimentation en calcaire (5 à 600 m

1 Le relief de la France, J. Beaujeu-Garnier, Ed. SEDES, Paris, 1972, p 3 2 Guide géologique Bourgogne-Morvan par Pierre Rat et al, p 122 à 129, Masson, 1972

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d‟épaisseur à l‟échelle française), dans les bassins parisien (côtes de Lorraine, Bayeux) et londonien (Oxford).

E. Crétacé moyen, entre -100 et – 95 MA. Nouvelle et importante transgression marine sur le bassin franco-londonien : c‟est la mer de craie. La sédimentation continue jusqu‟au Crétacé supérieur (- 95 à – 65 MA).

L‟ère secondaire a apporté une forte et longue sédimentation marine, notamment sur le Bassin parisien : « l‟empilement des terrains secondaires atteint 2500 m », ce qui n‟est pas énorme pour des mesures géologiques. Mais la largeur de ces couches est de 800 km, ce qui représente un large territoire géologique.

L‟ère tertiaire, plus agitée tectoniquement parlant que la précédente, voit la régression marine du Bassin Parisien. Deux périodes constituent cette ère : le Paléogène et le Néogène. Plusieurs soussystèmes se distinguent au cours de la formation du Bassin :

P. Paléogène (-65 à – 23/24,6 MA)

E. Paléocène (- 65 à – 53 MA). Le plateau ibérique finit sa rotation, pousse le socle « français », créé les Pyrénées, craquelle et pousse les sédiments secondaires vers le nord. Le Bassin de Paris se sépare du « domaine océanique alpin1 ». Il devient un golfe de la Mer du Nord puis un territoire lacustre sous l‟effet du bombement de l‟Artois, « d‟où l‟alternance, sur de faibles épaisseurs de sédimentation, de calcaires marins ou lacustres, d‟apport terrigènes (marnes, sables, argiles)2 ».

E. Eocène (-53 à – 34 MA). Les Pyrénées se soulèvent fortement. Le Bassin Parisien reçoit des sédiments d‟origine marines : sable (via les deltas), calcaire, marne, gypse. Il en reçoit également d‟origine lacustre : le calcaire à planorbes3.

E. Oligocène (- 38 à – 23 MA). Les Alpes naissent et créé des répercutions sur la géologie du territoire national. « La France de l‟ouest et du centre-nord4 » – dans lequel se situe le Bassin parisien – est peu sensible à cette surrection. Celle de l‟est et du sud-est est changée en profondeur, et concerne les périphéries du Bassin de Paris, et notamment le fossé de la Loire, à Forez.

1 Avant la surrection alpine, le territoire, occupé aujourd‟hui par les Alpes, était maritime. 2 Géographie physique de la France, Gérard Mottet, ed PUF, Paris, 1993, 3e ed, p 31 3 Planorbe : molusque gastropode, dont la coquille est enroulée dans un plan et qui vit dans les eaux douces calmes (diamètre 3 cm environ). Le Petit Larousse Illustré 1992, Ed 1991, Paris. 4 Géographie physique de la France, Gérard Mottet, ed PUF, Paris, 1993, 3e ed, p 33 et 36

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P. Néogène (-23/24,6 à -1,6 ou 2,4 MA)

E. Miocène (-23 à – 5,1 MA). La séparation en deux parties géologiques de la France continue. Le bassin Parisien reçoit des alluvions lacustres, et encore, en moindre part, de l‟Océan Atlantique. La Beauce est un grand lac, où se déposent des calcaires. Une fois la Beauce émergée, « des sables fluviatiles cristallins provenant du Massif central1 » recouvre les calcaires beaucerons et la Sologne. La Mer des faluns monte ensuite jusqu‟à Blois. Après sa régression, suit une période de reprises des alluvions provenant du Massif Central via la paléo-Loire. Le Bassin parisien subit l‟érosion. Le calcaire de Beauce est altéré et silicifié : cela donnera la pierre meulière, que l‟on retrouve aujourd‟hui dans nombre de constructions traditionnelles. Tous ces phénomènes transforment le Bassin Parisien en pénéplaine. A la fin du Miocène, le niveau marin baisse de 200 à 300 m, ce qui renforce l‟érosion des continents.

E. Pliocène (- 5,3 à -1,65 MA). Le Bassin parisien est émergé. Seuls subsistent quelques zones immergés en basse Loire, à Rennes, dans le sud de la presqu‟île du Cotentin, et en Flandres.

L‟ère quaternaire, qui va de -2,6 millions d‟années à aujourd‟hui, est caractérisée par un refroidissement. Le Bassin Parisien cesse d‟être une zone à climat chaud et humide. Avec des interglaciations entre chacune d‟entres elles, quatre périodes de glaciation apparaissent (les noms sont tirés d‟affluents du Danube) :

la glaciation Günz (- 1,2 à 0,7 MA). C‟est la plus longue période glaciaire. Mindel (- 700.000 à – 600.000 ans) Riss (- 300.000 à – 120.000 ans) Würm (80.000 à 7.800 ans av J.C).

L‟on ne retrouve pas de trace d‟Homo Habilis dans le Bassin Parisien. Les plus anciens restes humains dans cette région viennent de l‟Homo Erectus (ou Pithécanthrope), branche née il y a 1,8 MA et qui céda progressivement la place à l„Homo Sapiens vers 100.000 BP. L‟Homo Habilis, à partir de l‟Afrique de l‟est, colonisa l‟Europe, et le territoire français (Solutré, la Chapelle-auxSaints). Y-a-t-il eu des Homos Habilis dans le Bassin parisien ? Il semblerait qu‟ils se soient plutôt installés dans la moitié sud de la France (Bourgogne, Dordogne), probablement, justement, à cause du climat plus clément. La calotte glaciaire de l‟Europe du nord allait jusqu‟en Belgique et jusqu‟au nord de Londres. Celle des Alpes allait jusqu‟à Lyon. La fin de la dernière glaciation (Würm) correspond, sur le territoire français, au mésolithique (6.000 à 3.000 av J.C) puis au néolithique

1 Géographie physique de la France, Gérard Mottet, ed PUF, Paris, 1993, 3e ed, p 33 et 36

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(3.000 à 200 ans av JC). Dans d‟autres régions du monde, comme la Mésopotamie (actuelle Irak), les époques mésolithique et le néolithique sont apparus plus tôt : -12.000 pour la première et -8.000 ans pour la seconde, du fait de leur position plus méridionale1.

Pendant les périodes de glaciation, l‟eustatisme est négatif : le niveau des mers descend entre 100 et 150 m. La Manche est émergée, ce qui permet – ou permettrait – le passage d‟hommes préhistoriques de l‟autre côté du bassin franco-londonien. Cet eustatisme négatif a un impact sur le lit des rivières. « La Seine [devient] un affluent de la rive gauche d‟un fleuve principal drainant l‟axe de celle-ci. […] Les cours d‟eau doivent creuser pour rejoindre [un] niveau de base plus bas […]».

Pendant les périodes d‟interglaciation, l‟eustatisme est positif. Les rivières qui se trouvent près des côtes marines voient le niveau de la mer remonter plus vite que celui de leurs alluvions. A l‟époque post gallo-romaine, on retrouve des vestiges de ces changements de ligne côtière, notamment sur la partie maritime du Bassin Parisien (côte Atlantique et Manche) : falaises « mortes » et remblaiement alluvial du Marquenterre (Baie de Somme) et cordons dunaires successifs de la Flandre maritime.

Ces différentes phases de l‟évolution géologique du Bassin Parisien font que ses couches sédimentaires sont ainsi composées de roches perméables (calcaire, craie, sable) et de roches imperméables (comme l‟argile et la marne). Une couche de sédiment crayeuse peut se décomposer et donner de l‟argile à silex, comme c‟est le cas dans la région de Rouen : la couche perméable devient alors imperméable. La structure géologique du bassin versant de la Seine en Ile-de-France est donc composée d‟un lit moyennement favorable aux inondations. Il ne s‟agit pas d‟un terrain granitique imperméable (comme l‟on peut trouver en montagne), ou bien d‟une surface uniquement recouverte de meulière (roche également imperméable, présente en Champagne), de marne ou d‟argile. Il ne s‟agit pas non plus de territoires recouverts que de sable ou calcaire (ce dernier se désagrège avec le dioxyde de carbone), qui favorisent la pénétration de l‟eau dans le sol et ainsi ralentissent l‟écoulement, les eaux souterraines étant plus lentes que les superficielles.

Cette histoire géologique du bassin de Paris, est donc basée essentiellement sur trois acteurs : la tectonique des plaques, le climat, et le temps…long! Mais depuis la fin du Pliocène, vers 1,8 M.A B.P – ce qui correspond au début du Paléolithique inférieur – « l‟homme est devenu un acteur de l‟évolution de la Terre2 » (G. Mottet). Selon Jean Demangeot, les milieux restent naturels jusqu‟au Mésolithique, et les paysages sont simplement retouchés jusqu‟au XVIIe siècle, voire le XVIIIe

1 En Europe du sud, le néolithique a commencé vers – 7000 ans av JC, et la civilisation crétoise démarra vers 2.700 avant notre ère. 2 Géographie physique de la France, Gérard Mottet, ed PUF, Paris, 1993, 3e ed, p 40

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siècle, dans les campagnes européennes1. Du point de vue hydrologique, dès l‟Antiquité, les hommes ont aménagé des réseaux d‟eau (aqueduc d‟Arcueil). En Hollande, les premiers polders datent du XIIIe siècle, et le bassin versant se trouve en aval de plusieurs fleuves du Bassin Parisien : l‟Oise (via le canal du nord), la Meuse, et la Moselle (via le Rhin). Le canal de l‟Ourq, quant à lui, fut construit en 1560, après « les premiers essais d’écluse à sas de France2 », sur la rivière du même nom, probablement par Léonard de Vinci.

Du point de vue morphologique, le profil longitudinal de la Seine (longueur : 776 km) est assez plat. La source de cette dernière est située sur le plateau de Langres (qui « culmine » à 512 m, au Mont Saule), à Source-Seine, à 446 m d‟altitude. Cela fait une moyenne de 0,57m de dénivelé par km fluvial. En comparaison, le Rhône a un dénivelé moyen de 2,77m/km.

A la confluence de la Seine et de l‟Yonne, la dernière a un débit annuel moyen de 93 m3/s et un bassin versant de 10 800 km2, [contre] « à peine 80 m3/s et 10 300 km2 pour la Seine3 ». Même si l‟on prend en compte la source de l‟Yonne (Mont Préneley, 730 m, Morvan), que l‟on compte cette source comme point de départ du fleuve principal du bassin versant de « la Seine-Yonne », le dénivelé moyen reste assez faible : 0,94m/km.

Si l‟on prend en compte le fait que dès son 52e km à partir de sa source, « la Seine n‟est plus qu‟à 215m d‟altitude4 », on obtient le dénivelé moyen suivant : 215 / (776- 51) = 215 / 725 ~= 0,30m/km. La grande majeure partie du lit de la Seine est donc presque plat. Ce relief ne favorise pas une grande vitesse d‟écoulement et donc des grands débits. Pour le profil latéral du fleuve, on reste dans des dimensions moyennes : ce n‟est plus un cours d‟eau de la taille d‟une rivière solognote (le Beuvron par exemple) et ce n‟est pas non plus l‟immense largeur d‟un St Laurent à Montréal (de l‟ordre du km de largeur à environ 400 km de son embouchure). Si des crues doivent venir, cela sera donc via des conditions météorologiques propices. Cependant, la Seine est surtout influencée par un climat océanique : des pluies d‟intensité plutôt modérée, réparties tout au long de l‟année. En effet, les Anticyclones Mobile Polaires (AMP) descendent vers les latitudes moyennes, selon des vecteurs ouest vers l‟est, nord-ouest vers le sud-est ou bien nord-sud, sur une zone située entre le sud et le sud-est du Groënland. Chemin faisant, ces AMP poussent les masses d‟air tiède issues du Gulf Stream vers les côtes d‟Europe de l‟ouest, aidés en cela par les vents de latitude moyenne partant des côtes du nord-est des Etats-Unis et allant vers l‟est. Ces vents de direction ouest-est sont probablement issus de la force de Coriolis. La différence d‟avec une situation normale viendra des conditions d‟évaporation (faibles en hiver, notamment en janvier), et de probabilités – faibles – de cumuls des précipitations et surtout des crues. Ces crues, pour créer les

1 Les milieux « naturels » du globe, Jean Demangeot, ed. Armand Colin, Paris, 2000-2002 2e éd, p 5 2 Canal de l’Ourq, http://fr.wikipedia.org/wiki/Canal_de_l%27Ourcq, 28/01/2011 3 La Seine, Wikipédia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Seine, 24/01/2011 4 La Seine, site Larousse : www.larousse.fr/encyclopedie/riviere-lac/Seine/143800. 24/01/2011.

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conditions d‟une inondation majeure, doivent arriver simultanément – et non successivement – sur le bassin de la Seine en Ile-de-France, notamment à l‟embouchure de l‟Yonne, de la Marne ou de l‟Oise (pour le bassin aval de Paris intra-muros).

Ainsi, que ce soit par la géologie, la géomorphologie ou la météorologie, le risque d‟inondation en Ile-de-France – type 1910 – est exceptionnel : la probabilité est centennale. Cependant, les conséquences – surtout matérielles – seraient telles que des politiques de prévoyances sont nécessaires. De plus, l‟influence des zones atmosphériques polaires s‟accentue en France et offre à cette dernière des conditions météorologiques de plus en plus variables. Si la théorie du réchauffement climatique se confirmait, et participait ainsi à ralentir le Gulf Stream via la fonte des glaciers continentaux du Groënland, les hivers d‟Europe de l‟ouest tendraient à se rapprocher des conditions climatiques des côtes nord-est des USA et Japon. Les différences de températures deviendraient nettement plus fortes et pourraient augmenter l‟intensité des précipitations.
2.2 La morphologie des rives convexes de la Seine près de Paris
On étudie la partie de la Seine qui part globalement de Troies jusqu‟à Rouen. La Seine, jusqu‟à Moret-sur-Loing, se trouve dans une zone plutôt plate, typique d‟une pénéplaine. Au-delà, le fleuve doit traverser la partie nord-ouest du Bassin Parisien qui s‟est levée du fait d‟un basculement provenant des mouvements orogéniques du Massif Central puis des Alpes : le sud-est du Bassin s‟est abaissé, le nord-ouest a basculé vers le haut. Le lit de la Seine est entouré de nombreux étangs entre Troies et Moret, à la confluence avec le Loing. En aval et donc en direction du nord-ouest, le fleuve s‟est enfoncé dans les sédiments calcaires, avec parfois des falaises dominant de plus de 100 m, comme en aval de Rouen (cf : coupe topographique).

Dans le cadre de l‟étude de cette portion de la Seine, les rives convexes des méandres ont reçues des alluvions anciennes (pléistocène inférieur), intermédiaires (pléistocène moyen et supérieur) ou récentes (holocène). Plus on s‟approche du lit mineur actuel, plus les alluvions sont récentes. Cela pose un problème pour les plaines qui, en partie ou en totalité, ne sont que légèrement plus élevées (5 m au maximum) que le niveau des plus hautes eaux connues de la Seine. En effet, certaines alluvions continuent de remplir le lit fluvial, et cela pourrait élever le niveau du fleuve, en cas de crue centennale. A Montesson (Yvelines), si le lit de la Seine était surélevé de 5 m, une crue de type 1910 inonderait presque un tiers de la plaine. De plus, l‟exploitation du sable dans le lit majeur de la Seine, en amont de Paris, contribue à détériorer les rives (J.N Salomon). La dégradation de ces dernières charge l‟eau de détritus minéraux qui vont remplir le lit en aval. Cela diminue l‟espace entre les deux rives – si l‟on fait un profil transversal – et risque de provoquer un débordement des berges et donc une inondation. De même l‟exploitation du sable et du gravier dans les nappes

Défis et opportunités du développement durable / BdF / 20/04/2011 12/73
alluviales séquanaises « transforme en étang1 » les carrières. Ainsi, certaines zones, classées noninondables, pourraient dans une période de 10 à 50 ans se retrouver vulnérables.

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