L’agglomération de Metz : pourquoi tant d’atouts si peu exploités ?

Cette jolie ville, dont les premières implantations datent de 3000 ans avant notre ère, regorgent de richesses architecturales (Photo de couverture : Marché sur la Place-Jean-Paul-II, en face de la cathédrale Saint-Etienne), culturelles et industrielles. Elle se situe au carrefour entre la Lorraine, région à la fois agricole et industrielle1, le Luxembourg (situé à 64 km de Metz), territoire spécialisé dans les domaines de la banque et de l’assurance, le sud-est de la Belgique et enfin l’Allemagne, la première puissance économique européenne. Aujourd’hui, le TGV Est relie Metz en 1h15 à la ville de Paris ou à la banlieue parisienne (gares de Marne-la-Vallée, Massy, Aéroport-Charles-de-Gaulle).

La ville de Metz, au travers des drames de trois guerres2, a pu bénéficier des apports culturels à la fois français et germaniques.

 

Clochers et toits. Vue vers le sud-est depuis la rue des Murs. On remarque les différents types d’architecture, au centre et à l’arrière-plan. Photo : BdF, 2 août 2019.

 

L’architecture du centre-ville et de la gare de chemin de fer, avec ses volumes carrés et ses fondations un peu massives, attestent de cette influence de l’est, assez adaptée, il faut bien le reconnaître, aux climats semi-continentaux, avec notamment des épisodes neigeux de plusieurs mois que les Lorrains devaient encore affronter dans les années 1950.

 

La Préfecture (Hôtel de l’Intendance). Place de la Comédie. Le style architectural classique contraste avec celui du Temple Neuf, d’influence germanique. Photo : BdF, 2 août 2019

 

A Gauche : Le Temple Neuf, place de la Comédie, dans le centre de Metz. Il fut construit entre 1901 et 1905 lorsque Metz faisait partie de l’Allemagne de Guillaume II. On note l’aspect massif du bâtiment. A droite : La fontaine, en face de la Préfecture messine, renforce un sentiment de légèreté et de fraîcheur à cet ensemble urbanistique classique. Photos: BdF, 2 août 2019.

 

A gauche : Immeuble époque classique Place de Chambre. Photo : BdF, 1er juin 2019.  A droite : Centre de Metz. L’influence française : façade rue de Ladoucette. Décoration Art Nouveau. Photo : BdF, 2 août 2019, depuis la Place St Jacques.

Le récent quartier de l’Amphithéâtre, situé à côté de la gare SNCF, avec la construction futuriste, ou tout du moins originale, du centre Pompidou ainsi que des immeubles de bureau aux alentours, démontre que les influences architecturales continuent à opérer dans cette ville qui se développe.

Metz et son agglomération sont composées de communes qui se sont complètement intégrées à la ville, à l’exemple de Plantières3, et d’autres qui sont encore semi-rurales, à l’image des villages de Mey, Vantoux ou Nouilly (situés dans la périphérie nord-est de la ville). L’agglomération messine se développe démographiquement. La zone urbaine comptait en 2018 plus de 225.000 habitants4 (contre un peu plus de 221.000 en 20135). A Nouilly, par exemple, en amont de l’ancienne voie ferrée, un nouveau quartier s’est créé, destiné à accueillir plusieurs dizaines de nouvelles familles voulant à la fois accéder à la propriété de leur logement et occuper un emploi, dans les secteurs secondaires ou tertiaires, sur le territoire de la métropole de Metz.

Sur le plan économique, en 2015, le territoire de l’Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, et notamment le département de la Moselle, ont souffert d’une baisse de régime, d’après l’INSEE. Le nombre d’emplois a diminué dans les secteurs de l’industrie, de la construction et du commerce. De plus, la suppression de plusieurs casernes, et de plusieurs milliers d’emplois militaires, a contribué à pénaliser le territoire6. Cependant, entre 1990 et 2015, le PIB de la région du Grand-Est a cru de plus de 13 points par rapport à celui de l’Ile-de-France (58 % contre 45%).

Hélas, même si l’on prend en compte le PIB de la nouvelle région du Grand Est, ce dernier ne représentait toutefois que 7% du Produit Intérieur Brut national, en 2015, contre plus de 30 % pour la région Ile-de-France7.

En matière de formation, l’agglomération de Metz dispose de nombreuses écoles primaires et secondaires, tant privées que publiques. Pour les études supérieures, plusieurs facultés et grandes écoles, ainsi que des centres de formations en alternance, peuvent apporter différents types d’enseignement et préparer la relève tant sur le plan démographique (les baby-boomers sont devenus des papys-boomers) que technologique, avec le développement des applications Internet et les outils dits d’Intelligence Artificielle.

Alors pourquoi une ville disposant de tant d’atouts continue à être, malgré les efforts tant privés que publics, à être une ville provinciale de moyenne taille ? Pourquoi la population de l’agglomération ne dépasse pas les 300.000 habitants alors que cette zone urbaine pourrait être un véritable centre de connexion européen ?

La réponse, comme déjà évoquée dans mon article sur les risques et les atouts de la commune de Jouy-en-Josas9 (Yvelines), située en région parisienne, réside du côté de l’hyper-centralisation de la France : la région Parisienne, c’est-à-dire le centre (péri)urbanisé de l’Ile-de-France, concentre 20 % de la population nationale et, comme indiqué ci-dessus, près du tiers du PIB français. L’accumulation des pouvoirs politiques et économiques dans la Région-Capitale ne laisse qu’une place subalterne aux agglomérations de province, au point que les journalistes de la chaîne publique France Info, afin de ne pas vexer les élus provinciaux, ne parlent plus de province(s) mais de région(s), en oubliant, toutefois, que l’Ile-de-France est également une région alors qu’elle n’est pas en province10.

1Plusieurs usines et centres de recherche, comme par exemple pour Peugeot-Citroën, participent à l’activité de la Lorraine (qui fait partie de la nouvelle région appelée «Grand Est » qui va de l’Ile-de-France à Strasbourg).

2La guerre de 1870, déclenchée et perdue à Sedan par Napoléon III, se conclut par l’annexion de l’Alsace et de la Lorraine par les Allemands et par une amende de guerre que les Français payèrent rubis sur l’ongle, pour reprendre une expression de l’historien et urbaniste Michel CARMONA. En 1918, à la fin d’une guerre mondiale qui rendit les deux belligérants exangues, les deux régions de l’est retournèrent à la France avant de devenir à nouveau allemandes en 1940 pour enfin être libérées du joug nazi en 1945.

3Plantières Queuleu est aujourd’hui un quartier de la ville de Metz.

4COMERSIS.COM, Metz Métropole, le 1er janvier 2018, consulté le 9 août 2019. [Disponible sur] : https://comersis.com/Les-metropoles-de-France-2019-actualite-4.html#metz

5AST Dorothée, « Démographie 221 800 habitants à Metz Métropole [au 1er janvier 2013] » in Dossier Grand Est, INSEE, septembre 2016, p 8 et 9, consulté le 9 août 2019. [Disponible sur] : https://www.insee.fr/fr/statistiques/2129329?sommaire=2129339

6 AST Dorothée, « Contexte économique Une conjoncture économique plus difficile dans la région ACAL qu’au niveau national », in Dossier Grand Est, INSEE, septembre 2016, p 5, consulté le 9 août 2019. [Disponible sur] : https://www.insee.fr/fr/statistiques/2129327?sommaire=2129339

7Source : INSEE, Produits intérieurs bruts régionaux de 1990 à 2015, consulté le 10/08/2019. [Disponible sur] : https://www.insee.fr/fr/statistiques/1893220

8Source : INSEE, Produits intérieurs bruts régionaux de 1990 à 2015, consulté le 10/08/2019. [Disponible sur] : https://www.insee.fr/fr/statistiques/1893220

9A l’échelle nationale […] une solution pérenne serait de vraiment décentraliser la France. In Risques et atouts de Jouy-en-Josas, de FOUCAULD Bertrand, 2 juillet 2019, consulté le 9 août 2019. [Disponible sur] : https://contrib.city/index.php/2019/07/02/potentiels-vulnerabilite-jouy-en-josas/

10Tout le monde comprend donc que le journaliste [de France Info] a simplement substitué le terme « province » par le terme « région ». Source : RADIO-FRANCE – LA MEDIATRICE, Terminologie province/région, le 13 février 2018. consulté le 9 août 2019. [Disponible sur] : http://mediateur.radiofrance.fr/message/terminologie-provinceregion/