La grève récurrente des étudiants de l’Université de Dakar

Depuis plus de trente ans l’Université de Dakar n’a cessé d’aller chaque année en grève ce qui fait que la vaste majorité des étudiants n’ont jamais pu terminer leurs études.

Il fut un temps, lors des états généraux de l’éducation demandés par l’Etat sénégalais, pour résoudre ce problème endémique, des professeurs et étudiants ont fait le diagnostic des principaux problèmes qui freinent le développement de l’enseignement supérieur au Sénégal et ont soumis leurs rapports au gouvernement. Mais, les belles promesses du gouvernement n’ont jamais été tenues.

Dépassé par l’ampleur de la grève et des actes de ras le bol des étudiants qui ont commencé à tout casser sur leurs passages, les bus, les commerces, un peu comme la grève des gilets jaunes en France, l’Etat sénégalais en dehors d’utiliser la force militaire n’avait d’autres alternatives que de solliciter les chefs religieux pour calmer les étudiants en colère. Les étudiants ont répondu à l’appel des chefs religieux et ont tout de suite arrêté la grève. Mais la duplicité du gouvernement c’est qu’il n’a respecté aucun de ses engagements une fois le calme revenu. Chefs religieux et étudiants se sont sentis trahis par le gouvernement.

Le problème fondamental de l’éducation au Sénégal vient donc du gouvernement. En effet, le système d’éducation s’il était vraiment soutenu par l’Etat devrait être révisé et restructuré autour des valeurs, des traditions et de la culture du pays. Malheureusement, tel n’est pas le cas. C’est ce qui fait que les échecs sont multiples et le niveau scolaire non seulement ne décolle pas mais régresse avec ses corollaires sur l’emploi et donc les familles en général.

Si l’éducation au Sénégal était basée sur les valeurs du pays, et n’était pas en déphasage avec son histoire sa culture, sa philosophie ses sciences, ses langues, le Sénégal et ce qui est valable du Sénégal l’est sans doute pour nombre d’autres pays d’Afrique, aurait amorcé un développement beaucoup plus bénéfique et beaucoup plus rapide. Il y aurait eu beaucoup moins de grèves et le niveau d’études des étudiants aurait avoisiné presque les 100 %.

Tout le problème des pays africains et notamment du Sénégal vient en fait de l’inadéquation de l’éducation par rapport aux valeurs culturelles du pays.

Le développement du Sénégal et des pays africains doit être repensé à la lumière d’une éducation endogène basé sur les valeurs propres de l’Afrique, en référence à son histoire, ses traditions, sa culture. Il faut que l’enseignement ait un un sens pour l’étudiant puisque basé sur ses propres références culturelles. L’échec et la baisse du niveau scolaire viennent très souvent de cette inadéquation.

l’Afrique ne sortira de son sous-développement que lorsqu’elle sortira de cette impasse. Le développement d’un pays doit être endogène quitte à ce qu’il s’ouvre après aux autres pays du monde. Mais inverser ce phénomène ne peut conduire qu’au sous-développement tel qu’il est constaté dans nombre de pays africains.

L’ironie de l’Afrique : un des continents les plus riches du monde (richesses démographique, agricole, halieutique, minière, gazière, pétrolière, culturelle) qui pourtant, malgré toutes ces ressources, demeure encore aujourd’hui le continent le plus pauvre de la planète.

Pour les pays, en partie responsables de cette situation, il a fallu la vague d’immigration des ressortissants de leurs anciennes colonies pour qu’ils commencent à sédentariser les jeunes issus de ces pays à travers des programmes d’emplois aidés dans leurs propres pays. A mon avis cela ne réglera pas le problème tant qu’il n’est pas pris dans sa globalité en commençant par le commencement c’est à dire une véritable éducation basée sur leurs valeurs culturelles et qui débouche sur un emploi bien rémunéré. Il faut que les européens comprennent que c’est une solution efficace pour freiner l’immigration et en même pourrait être un premier jalon dans une coopération équitable entre l’Afrique et l’Europe et même l’Amérique.

Baidy DIA

Réalisateur de films.