Elections Jouy-en-Josas – Marie-Hélène Aubert élue : un vote clair

Les Jovaciens, en leur souveraineté, ont choisi : la candidate de Jouy-en-Josas a remporté les élections avec une très nette avance, emportant deux tiers des voix contre un tiers pour son adversaire, Grégoire Ekmedje. Félicitons Madame le Maire et souhaitons lui de bien gérer cette commune. Du fait de ses responsabilités politiques comme vice-présidente du Conseil Départemental des Yvelines, espérons qu’elle puisse suffisamment déléguer au Versaillais Gilles Curti, son premier adjoint à Jouy-en-Josas.

Selon Contrib’City, ces élections, teintées tout de même de plus de 50% d’abstention probablement du fait de l’angoisse liée au virus couronné[1]corona signifie couronne en latin, montrent clairement que les habitants de Jouy-en-Josas ont opté pour un type d’urbanisme plutôt qu’un autre : une densification du centre-ville, en partie inondable, plutôt qu’une répartition de nouveaux logements sur l’ensemble de la commune, en se basant sur des bâtiments existant et donc des programmes de réhabilitation (remise à neuf) ou rénovation (démolition-construction).

Cette dynamique de densification des centres-villes existe depuis au moins dix ans comme directive de l’Etat français afin de lutter contre l’émiettement péri-urbain. En parallèle, du fait du manque de logements sociaux dans les principales agglomérations de l’hexagone, l’exécutif national avait souhaité un plan de construction d’HLM publiques, mais également privées via la réhabilitation de logements insalubres souvent situés en centre-ville. Le Parlement avait voté la loi Solidarité et Renouvellement Urbain[2]loi du 13 décembre 2000 qui exigeait, sous peine d’amendes, 20% de logements sociaux dans les villes situées dans des agglomérations de plus de 50.000 habitants[3]En Ile-de-France, même les villages, c’est-à-dire les communes comportant moins de 2000 habitants, sont soumis à cette loi, du moment que leur population soit supérieure ou égale à 1500 âmes.. Ce pourcentage devait ensuite être augmenté pour atteindre un quart des habitations[4]Loi Duflot I, du 18 janvier 2013.. Cependant, les communes ayant peu d’HLM furent – et le sont toujours – réticentes à en construire nettement davantage. Quoi qu’il en soit, il est possible – c’est une hypothèse de Contrib’City – que cette décision oriente progressivement les villes françaises vers l’urbanisme américains des années 1950 et 1960 : un down-town[5]centre-ville en anglais dense et populaire d’un côté et des outskirts[6]les périphéries bourgeois de l’autre, avec, ô ironie, une poursuite de cet inévitable dispersement péri-urbain[7]On ne peut empêcher certains habitants de préférer habiter une maison plutôt qu’un appartement. Jouy-en-Josas semble suivre cette voie. Un film évoque les ambiances de ces centres-villes états-uniens : le fameux West Side Story sorti sur les écrans en 1961 et dont l’action se passe à Manhattan, c’est-à-dire dans le cœur de New York.

Alors, certains membres du gouvernement ou de la haute administration pourraient dire à CC : oui, mais ce n’était pas l’esprit de la loi SRU; cette dernière visait à une mixité de la population à l’échelle de la commune ou du quartier. Certes, mais l’expérience de Contrib’City montre que ce sont souvent les élus qui parlent le plus de mixité sociale qui habitent le plus dans les quartiers bourgeois (à l’instar de la nouvelle majorité qui habite essentiellement sur les coteaux très agréables de Jouy), avec leurs enfants dans les lycées prestigieux privés ou publics (Hoche à Versailles, par exemple). Ce n’est pas parce qu’une loi est votée qu’elle correspond à l’esprit de la société : si le nouveau maire avait annoncé que Jouy-en-Josas avait atteint le fameux quota (25%) de logements HLM parce le conseil communal avait lancé la construction de plusieurs centaines de logements sociaux, aurait-elle gagné les élections? Lors de son discours du mercredi  11 mars, Marie-Hélène Aubert a rappelé que c’était bien les chambres d’étudiants du campus d’HEC qui avaient sauvé la mise. La loi SRU a souhaité instaurer une dynamique que la majorité des communes et des Français plutôt aisés ne souhaitaient pas. La parade fut rapidement trouvée : les logements sociaux s’implanteront dans les centres, les habitations coquettes, progressivement, iront vers les banlieues chics.

Entre la nécessité de se loger – besoin vital pour tout être humain – et une répartition la plus homogène possible entre les ménages, quelle que soit leur formation et activité professionnelle (y compris celle liée au monde politique), Contrib’City propose une troisième voie. L’Histoire a montré que dans les grandes agglomérations françaises, et notamment en Région Parisienne, les milieux sociaux ne se mélangeaient pas ou peu (c’est tout le thème du film de Renoir « La grande illusion ») et « forcer » la chose par des politiques urbaines ne conduisaient qu’à des manœuvres d’évitement et à des augmentations d’impôts, ou bien éventuellement à une exacerbation des tensions entre les habitants. Le Professeur Yves Grafmeyer, spécialiste de la sociologie urbaine, nous éclaire sur ce sujet : Selon les cas, la proximité spatiale peut aussi bien favoriser les relations qu’aviver les tensions. […] Au plan pratique, on peut d’ailleurs en déduire que la mixité sociale imposée de l’extérieur, par exemple par des pouvoirs publics soucieux de diversifier les opérations immobilières prévues sur un même site, peut avoir des effets ambivalents par rapport aux objectifs annoncés de « lutte contre la ségrégation » [8]GRAFMEYER Yves, Sociologie urbaine, S.l., Armand Colin, 2005, p 41. A titre d’exemple, la mixité sociale imposée par le Parlement britannique avait conduit l’arrondissement londonien[9]borough en anglais de Westsminster, en 2006, à une situation mitigée : d’un côté la gestion locale des logements sociaux, comme ceux de Lisson Green ou Ebury Bridge, avait amené à une vie citadine agréable et parfaitement intégrée. De l’autre, la mairie locale, mais aussi des locataires de logements privés situés dans d’autres quartiers, se plaignaient que les tensions avaient augmenté, que le sentiment de sécurité avait baissé. Enfin, à l’époque, le responsable du logement du borough de Westminster dénonçait le fait que ce type de mesure éloignait les classes moyennes qui, comme souvent, touchaient trop de revenus pour disposer d’aides mais cependant pas assez pour se permettre d’habiter dans un des quartiers les plus chers non seulement de Londres mais également de la planète[10]En 2012, à quartier comparable, les loyers londoniens étaient deux fois plus chers que ceux de la ville de Paris. Avant le Brexit, Londres était la première ou deuxième capitale financière du monde. Or ces classes moyennes assurent un rôle important de lien sociétal entre les différentes couches socio-professionnelles de nos mégalopoles.

Mais alors qu’elle est la troisième voie proposée par Contrib’City? Le site, qui travaille sur cette question depuis des années, vous invite à deviner cette troisième option en parcourant ses articles précédents ou bien à patienter quelques jours avant de la découvrir.

Précisons que cette troisième voie peut réellement apporter une solution dans la gestion des vulnérabilités que ces dernières soient sanitaire (virus dit Corona), écologique (inondations) et/ou économiques (crise des sub-primes c’est-à-dire des crédits immobiliers hasardeux).

Si vous pensez avoir deviné cette troisième voie, vous êtes cordialement invités à écrire vos hypothèses dans la rubrique commentaires.

 

 

 

 

 

 

Références   [ + ]

Une pensée sur “Elections Jouy-en-Josas – Marie-Hélène Aubert élue : un vote clair

  • 17 mars 2020 à 10 h 49 min
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    Alors que le département des Yvelines fait marche arrière sur cette urbanisation à outrance des centres villes, Jouy en Josas fait tout le contraire. Zone inondable ou pas on construit au mépris de coûts exorbitants et en mettant en danger la sécurité des biens et personnes.

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