Prologue – Itinéraire d’un fils d’enseignants

Des montagnes bordent Saint-Girons, ce sont les Pyrénées ariégeoises. Mon père s’y trouve. Nous aurions dû l’y rejoindre, le confinement nous en a empêchés. Retour en arrière. Le 29 février, il vient avec le livre : un été sur la Bièvre d’Adrien Gombeaud, déjeune avec nous. A 15 h, nous assistons à une visite théâtralisé[1]Texte et mise en scène de Sabine Guyard-Gilles (Atelier Théâtre du Josas), avec, notamment Léon Blum joué par Pascal Blanc. de la Maison Léon Blum à Jouy-en-Josas. Puis il rentre à Savigny-le-Temple et, le lendemain, prend le volant direction l’Ariège via Limoges. Il emprunte ce trajet depuis environ soixante ans.

Il a vu la messe de Pâques à la télévision et invité des amis pour un apéritif sur WhatsApp. En ces temps de Coronavirus, les apéros à distance sont à la mode. Ainsi a-t-il retrouvé ses frères humains, si peu nombreux à sortir dans la rue. Mon père est seul à St-Girons, ai-je envie de chanter sur un air d’Aznavour (Comme ils disent). Nous échangeons par email et SMS, nous nous appelons aussi plus que de coutume. C’est ainsi que j’ai pu lui écrire : Le silence est un coup terrible porté à l’oreille de l’homme, phrase qui m’est venue en écoutant le Président de la synagogue de la rue Copernic à Paris, invité d’un dialogue inter-religieux sur 100, 7 FM. Peut-être même est-elle de lui. L’éloignement a des vertus, il me fait être plus attentif à ce que mon père dit, écrit.

Nous avions une belle série devant nous.

Une soirée à Tours, envolée, puis le Couserans est tombé à son tour, et la Dordogne prévue à Pâques. La famille on ne verra pas et la Russie non plus, enfin pas cette année. Tout s’est effondré comme un château de cartes. Effet domino dévastateur, ai-je écrit à mon frère, Jean-Michel, né quatre ans avant moi, en 1959 à St-Girons. Déprogrammés aussi, nos Quatuors de Beethoven au Théâtre des Champs-Elysées. Il serait venu de Belgique et nous nous serions retrouvés à Paris.

Il n’y a plus personne à la ronde.

Tout tombe à l’eau.

 Comme on voit par transparence,

le soja, la menthe, les crevettes,

dans un rouleau de printemps à travers la feuille de riz,

tu retrouves au fond de l’eau,

si tu la regardes comme un miroir, tes places au Théâtre des Champs-Elysées et Chez Francis, le restaurant où nous avions réservé.

Chacun de nous imagine Papa confiné, d’autant qu’il communique facilement par tous les moyens. Lorsque les cloches sonnèrent en France à la demande des évêques, durant 10 minutes, après plusieurs semaines (3 ?) de confinement, il enregistra celles de l’église de Lédar, proche de la maison et nous envoya sur son téléphone, la photo où l’on aperçoit une partie du premier étage de la maison et la pointe du clocher. Notre grand-mère (maternelle) eut certainement été heureuse de ce geste.

En mars 2020, nous devions prendre avec ma femme un avion à Orly, atterrir à Toulouse et rejoindre mon père. Nous fûmes bloqués[2]Sur cette époque si étrange, arrivée brutalement – le philosophe Gaspard Koenig écrit qu’il eut l’impression de passer de la paix à la guerre (sanitaire) du jour au lendemain. à la maison, à Jouy-en-Josas. Plutôt que de tourner en rond, Valérie, préféra renoncer à ses vacances. C’est le moment que j’ai mis à profit pour entreprendre ce récit.

(Photo de couverture : « Pont Vieux à Saint-Girons » – Source : lespyrenees.net)

 

Références   [ + ]

3 réflexions sur “Prologue – Itinéraire d’un fils d’enseignants

  • 22 juin 2020 à 12 h 37 min
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    Merci à Christophe Baillat pour ce très joli témoignage familial, lié à différents territoires mais principalement à Jouy-en-Josas et à Saint-Girons, dans l’Ariège.

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  • 21 juin 2020 à 11 h 45 min
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    Merci, Bertrand, pour ce récit. Encore heureux qu’il reste à notre portée les moyens de communication. La tempête dévastatrice qui a soufflé sur le Bengale pour combler les malheurs des victimes du méchant virus, a privé la population de trains, de tout autre transport, de téléphone, d’internet, de tout. Les bouquinistes du « Quartier Latin » de Calcutta ont vu flotter dans l’eau des ruelles pages entières de livres rares. La solidarité spontanée fait supporter ce spectacle incroyable.

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    • 22 juin 2020 à 12 h 41 min
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      Bonjour Prith! Merci de votre témoignage et encouragement qui vont tout d’abord à Christophe Baillat, l’auteur de cet article, puis ensuite au site contrib.city dédié à tous les territoires et à leurs habitants.

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