Laurent SAINT-CYR : une vie de liberté (1ère partie : l’enfance et la jeunesse)

Laurent St Cyr, né en 1960, a toujours vécu à l’ombre d’un bateau, dans une dynamique de débrouillardise. Son père, déjà, était le responsable du Club de Voile de Lyon, à l’étang nommé Le Grand Large (Parc de Miribel-Jonage). En plus de son autre activité de cuisinier chez Rhône-Poulenc, le papa, aidé par la maman qui veillait au grain, construisit lui-même un Optimist (petit dériveur souvent utilisé pour l’initiation mais également pour la compétition) pour son fiston, en plus de la maison familiale. M. St Cyr, que la Presse locale surnommait Le Tabarly lyonnais (Le Progrès), était à la fois autodidacte et doué d’une forte créativité.

Mais le papa avait un rêve : prendre le large de la mer. Du coup, c’est son fils qui allait l’amener à le réaliser.

A l’âge de 18 ans, le fils Laurent arrive sans conviction au bac, selon ses propres mots. Les examinateurs de l’Education Nationale confirment le manque de conviction. Peu importe! Notre Ulysse moderne travaille déjà, comme son père à son âge : il restaure des maisons les soirs et WE et en est gré à l’Ecole de lui fournir un endroit pour se reposer un peu entre deux chantiers. Tout en continuant la voile, bien entendu : Laurent arrive dans 30e national en compétition d’optimiste.

L’institution scolaire n’ayant pas réussi à le séduire, l’Armée prend le relais et le convoque pour le Service National : devant ses résultats nautiques, un recruteur intelligent l’envoie comme moniteur de voile à Saint-Mandrier-sur-Mer, dans la Rade de Toulon. Laurent enseigne sa passion aux apprentis marins, sous le soleil méditerranéen, tout en créant un esprit de camaraderie avec ses collègues malgré les difficultés personnelles de certains (un avait été victime d’abus, plus jeune, et compensait par l’alcool). Las, hiérarchie et discipline institutionnelles semblent être des notions étrangères et incompréhensibles à Laurent qui ne comprend que les mots compétences, respect de l’autre (quelque soit le poste occupé), adaptation, débrouillardise, liberté, humour, humilité et franchise. Sans moyen de locomotion personnelle, il utilise la petite moto de la station – une Dax – pour aller voir une jeune Toulonnaise qui a su le charmer, telle une sirène. Mais un jour, ou plutôt une nuit car il était 3h00 du matin, il se fait prendre et mettre aux arrêts pour 15 jours. Une autre fois, pour défendre un camarade, il participe à une rixe un peu alcoolisée : 15 autres jours. Remarque de Laurent : On n’a pas arrêté de déconner!

Pour couronner le tout, le dernier jour de son service, il refuse se saluer un officier : St Cyr est convoqué. Le responsable du site interroge ce dernier et conclut, en souriant : De toute façon, il vaut mieux pour tout le monde que vous partiez maintenant.

Libéré de ses obligations militaire, Laurent quitte enfin la rade de Toulon et prend le large, en octobre 1981, à bord du Monte-Carlo, un beau voilier marseillais (Plan Mauric). Pendant que d’autres sont obligés de payer cher afin de vivre leur rêve d’évasion, Laurent est logé et nourri à bord. Cap : la Martinique!

Mais une fois sur l’île, Ulysse est confronté à la galère : seul et pas de petits boulots en vue! Heureusement, il trouve bientôt un job comme skipper, secondé par une hôtesse, pour promener des touristes dans les Antilles. Entre deux croisières, il nettoie un joli yacht de 26 mètres dans un chantier naval. Puis, comme une île en partance (Jacques Brel, Une île), Laurent trouve une mission de convoyage en cette fin de saison touristique martiniquaise : il s’agit de ramener un bateau-poubelle, un Amphora en très mauvais état, pour un salaire de 10.000 francs de l’époque[1]Aujourd’hui, cela équivaudrait au 1er janvier 2020 à une somme de 3836 € ou 25091 F. Cf : INSEE. Pour résumer : un bon salaire pour une mission dangereuse. Effectivement, les problèmes ne tardent pas à arriver : les voiles ont fait au moins les deux dernières guerres mondiales et le moteur, au bout de dix jours, têtu comme une bourrique, ne veut plus démarrer! Plus de moteur signifie plus d’électricité, c’est-à-dire plus d’instrumentation électronique (gonio, radio-émetteur, etc). Bienvenu au sextant, comme autrefois!  Cependant, le sextant, s’il n’a pas besoin de courant pour fonctionner, nécessite en revanche un soleil (ou des étoiles) apparent pour déterminer sa position. Problème : sur l’Atlantique, il arrive que le ciel soit bouché et Laurent manque de peu l’île de Madère! S’il avait continué, il se serait retrouvé en Afrique de l’ouest : pas tout à fait la route la plus courte pour retourner à Toulon.

Arrivé à destination, notre marin retourne, tel Ulysse après un beau voyage, auprès de ses parents[2]Joachim du Bellay, Heureux qui comme Ulysse…. Là, il cherche du travail mais fait choux blanc.

Suite des aventures de Laurent la semaine prochaine.

(Photo de couverture : Laurent Saint-Cyr en pleine réflexion, à la barre, sous un bon grain après un départ des Canaries).

 

 

 

 

Références   [ + ]

Une réflexion sur “Laurent SAINT-CYR : une vie de liberté (1ère partie : l’enfance et la jeunesse)

  • 8 août 2020 à 10 h 14 min
    Permalien

    Merci, en attendant la suite.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *