L’Ile-aux-Moines : face à la nature et à l’homme, quelles réponses ? Ré-éd.

Chers Contrib’Citizen,

Cet été, le site vous proposera d’analyser différents territoires à partir de l’eau et de son utilisation. Ce dernier élément est prisé pour son caractère ludique en France. Son enjeu industriel reste malheureusement dédaigné, que ce soit dans le domaine maritime – alors que l’ensemble des zones marines françaises est le deuxième au monde, juste après les Etats-Unis d’Amérique – ou même dans le secteur fluvial avec un potentiel qui reste sous-exploité. Quoi qu’il en soit, l’eau, en plus d’être source de vie, permet le développement de secteurs entiers comme le sport/loisir, le tourisme et le commerce international. Mais cet élément, et son exploitation anthropique directe ou indirecte, entraîne aussi des risques : inondations (comme nous l’avons vu dans différents articles précédents) mais également érosions. Pour commencer, la réédition de l’article du 18 août dernier permettra aux lecteurs de se (re)plonger dans cette problématique de l’usure par l’eau : pour les pionniers de contrib.city, un peu de révision ne fait jamais de mal!

Dans les textes qui seront publiés ensuite, CC montrera des exemples d’érosions à partir de lieux différents : milieu marin et milieu fluvial. L’usure peut provenir soit directement de l’eau, soit de l’activité humaine liée à cette ressource : par exemple, une jolie côte bretonne va devoir à la fois affronter l’usure des vagues, notamment lors de tempêtes, et attirer des touristes qui vont user eux-mêmes les chemins côtiers.  On observera aussi que l’absence de prise en compte de ce phénomène naturel peut entraîner des risques pour les aménagements humains.

Nous verrons, une fois de plus, que la question des inondations peut tout à fait être couplée à celle d’une pandémie, comme c’est le cas à Mumbay.

Bien entendu, contrib.city souhaite proposer des pistes de réflexion afin que nous puissions bien gérer chacun de nos territoires, notamment à l’échelle locale. La fonction Commentaire prend tout son sens, particulièrement aujourd’hui où nous fêtons les Droits de l’Homme, dont celui à la Liberté d’expression : chaque lecteur est cordialement invité à réagir, à proposer son point de vue et d’éventuelles idées pour à la fois utiliser et embellir, d’une façon harmonieuse, notre Planète Bleue. Si belle, si grande et si complexe et en même temps si fragile et si petite, perdue dans la Voie Lactée.

Contrib’City vous souhaite une bonne lecture et un bon voyage!

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De part son insularité, l’Ile-aux-Moines, petit territoire de 310 hectares, mais avec plus de 17 km de côtes échancrées, bénéficie d’une situation très favorable sur le plan touristique. [1]Deux sites présentent bien les différents attraits touristiques de l’île-aux-Moines : http://izenahgoud.fr de Gilles Arié (anciennement le rédacteur de la gazette municipale) et http://www.mairie-ileauxmoines.fr/accueil/decouverte/tourisme Cependant, il doit également prévoir et investir afin de ne pas se laisser engloutir par une nature rude hors-saison et un raz-de-marée de visiteurs durant l’été.

(Photo de couverture : Port-Miquel, depuis Brouël. On remarque les murets protégeant de la mer ce vieux quartier, situé dans le cœur du bourg. BdF, 29 décembre 2015.)

1. L’érosion par les éléments naturels

Jour après jour, à chaque marée haute, la Petite Mer (Mor Bihan en breton), issue de l’océan, berceau de la vie [2]Les premières formes de vie sur notre planète sont apparues dans le milieu marin sous la forme d’organismes unicellulaires, voici 4,6 milliards d’années, durant l’ère du Précambien (-4,6 à -0,570 Mda) , vient caresser les rivages de l’Ile-aux-Moines et apporter de nouvelles lumières et contours poétiques au Golfe.

Problème : ces câlins marins, par leurs baisers salés, ou bien leurs furieuses embrassades, comme lors de la tempête Wolfgang [3]La tempête Wolfgang a notamment sévi sur les côtes bretonnes avec des rafales de 51 nœuds (95 km/h) à l’entrée du Golfe du Morbihan, et de 35 nœuds à l’intérieur (65 km/h, lors de la nuit du 29 au 30 juillet 2019, usant les granits, les couches sableuses et terreuses, bref tout ce qui forme le sol et que le géographe Jean Demangeot nomme pédocénose [4]De pédo, sol et cénose, commun. Cf : DEMANGEOT Jean, Les milieux « naturels » du globe, Armand Collin, p 4. . L’érosion qui en résulte fait reculer les côtes, ce qui a deux conséquences : d’une part, la superficie de l’île diminue – mouvement augmenté par l’élévation du niveau de la mer – [5]Certains climatologues prévoient une augmentation moyenne du niveau de la mer de 1 mètre d’ici 2100.. D’autre part, certains éléments d’urbanisme se retrouvent menacés à plus ou moins long terme. Le cas typique est l’ancienne maison construite près du rivage avec une côte qui se rapproche de plus en plus.

Mais la mer n’est pas le seul facteur d’érosion.

Maison bretonne traditionnelle, sur la pointe de Brouël. La protection de la côte est nécessaire car les enjeux incluent non seulement des éléments « naturels » comme la plage et la végétation (qui elle-même lutte contre l’usure), mais également des aménagements humains, reflets d’une culture, comme les habitations. Photos: BdF, 27 décembre 2015 (à gauche) et 21 juillet 2019 (droite).
A gauche : Cavernes creusée par la mer. Baie du Vran, Ile-aux-Moines. A droite : Erosion de la côte, menaçant la phytocénose. Bois de la Chèvre, Ile-aux-Moines. Photos : BdF, 29 décembre 2015.
A gauche : La végétation, grâce à ses racines, essaye de lutter contre l’érosion marine et éolienne. Photo : BdF, Bois de la Chèvre, Ile-aux-Moines, 29 décembre 2015. A droite : Même une côte en granit n’est pas exempte de l’érosion marine. A paramètres comparables, cette dernière sera juste plus lente qu’avec celle dotée d’une composante sableuse. Photo : BdF, presqu’île de Brouel, le 29/12/2015.
Véliplanchistes entre l’Ile-aux-Moines et l’Ile d’Arz lors du coup de vent (rafales à 35 noeuds) des 8 et 9 août 2019. On remarque les « moutons », c’est-à-dire l’écume sur le sommet des vagues, signes de vents forts, même à l’intérieur du Golfe du Morbihan. Ces dépressions venteuses renforces l’érosion des côtes sableuses (photo de gauche) ou même granitiques (photo de droite). De plus, les dépressions atmosphériques tendent à augmenter le niveau de la mer. Clichés pris depuis la pointe Est de l’Ile-aux-Moines [6]SERVICE HYDROGRAPHIQUE ET OCEANOGRAPHIQUE DE LA MARINE (SHOM), Bilan des grandes marées et des effets de la dépression les 1er et 2 février et incidence sur le niveau de la mer le long de la façade atlantique française, [février 2014?], [consulté le 18/08/2019]. Lien.
Tempête sur la Baie du Guerric. Malgré le fait que le mur de la baie dépasse de plusieurs mètres le niveau de la mer, y compris à marée haute, l’écume des vagues, sous l’effet du vent, arrive à franchir la digue en granit. Cela donne une mesure de l’érosion à laquelle sont confrontées les côtes îloises. Si l’on prend en compte le fait que le Golfe du Morbihan est relativement protégé des vents, on peut imaginer la force de l’érosion sur le littoral océanique. Photo : BdF, 6 septembre 2019. Film (BdF, 7 janvier 2018) : une autre tempête soufflait depuis deux semaines sans pratiquement aucune interruption. 

Vidéo : tempête sur le Guerric

                                               Baie du Guéric par une belle journée. Photo : BdF, le 7 juillet 2020.

Le vent et la pluie tiennent également une place importante dans l’évolution de l’écosystème insulaire, et notamment dans ses composantes construites. En effet, les voies de communication terrestres, indispensables pour acheminer non seulement les habitants permanents, vacanciers [7]Résidences secondaires. ou autres visiteurs journaliers, mais également les biens nécessaires à la vie quotidienne ; représentent un aménagement vital pour l’Ile. Or, les érosions éolienne, pluviale et thermique [8]Même si les différences de température sont modérées, car nous sommes dans un climat océanique, elles provoquent quand même des dilatations et contractions des matériaux qui sont susceptibles d’être ensuite entraînés par les pluies. « travaillent » les routes et les chemins.

2. les impacts touristiques

Si le tourisme est susceptible d’engendrer des revenus, dont le potentiel n’est pas toujours exploité au mieux et pas forcément géré d’une façon très équitable [9]les passeurs de l’Ile-aux-Moines sont les gros gagnants du tourisme de l’Ile-aux-Moines. A contrario, les boutiques de souvenirs dépendent très étroitement du beau temps et de la conjoncture économique. Autrement dit, un résident secondaire, ou un visiteur ponctuel pédestre, prendront quasi obligatoirement la vedette. Mais rien de les obligera à acheter un livre ou un bol « breton ». , il entraîne également l’usure des espaces végétalisés et des aménagements. En effet, à l’érosion naturelle, il faut rajouter celle occasionnée par le passage des personnes et des véhicules. Le sentier côtier, par exemple, est un petit chemin qui fait le tour de l’Ile-aux-Moines (avec quelques interruptions). S’il peut très bien accueillir quelques promeneurs occasionnels, il ne résistera pas longtemps au passage quotidien de dizaines de touristes : le martellement des chaussures, l’utilisation éventuelle de bâtons de marche sans protections en caoutchouc, l’altération des haies protégeant le sentier des vents marins, de la pluie et de l’érosion, et enfin le rejet de déchets.

Précisons qu’une activité touristique laisse forcément des détritus. La sensibilisation auprès du public vise à diminuer la présence de ces derniers mais il serait irréaliste de parier sur une obéissance de 100 % des promeneurs aux règles de protection de l’environnement, jusqu’à preuve du contraire. Qui dit déchet dit aussi gestion de ces rejets, donc un coût essentiellement assumé par la commune, chargée de la gestion du site et des aménagements ponctuels [10]« Entretenir un réseau de sentiers ouverts au public » in Plans de gestion du Conservatoire du littoral – Site des landes et prairies de l’Île-aux-Moines – Morbihan, CONSERVATOIRE DU LITTORAL, novembre 2017, consulté le 17/08/2019. [Disponible sur :] file:///C:/Users/Home/AppData/Local/Temp/Plan-de-gestion-du-site-des-landes-et-prairies-de-l-Ile-aux-Moines-56-.pdf   – cf également : www.conservatoire-du-littoral.fr/ , consulté le 17/08/2019. .

3. Les réponses

Pour protéger l’île de l’érosion naturelle, et comme on l’a vu plus haut, le conservatoire du littoral a pris soin de préserver les haies du sentier côtier, quitte à en faire lorsqu’elles n’existaient pas, comme on peut le voir sur la plage entre les îles de Brouël et le bois de la Chèvre.

A gauche : panneau indicateur devant une haie du sentier côtier. Baie du Vran. Photo : 16 avril 2017. A droite : La route communale de Brouel, avant sa rénovation partielle (entre le bourg et la chapelle du Guerric, à l’entrée de la baie). On remarque l’usure du revêtement. Les bords végétalisés de la route, murets ou simples surélévations de terre, participent à la protection de la voie. Photo : 30 juillet 2017.
Nouveau sentier côtier à Brouël (est de l’Ile-aux-Moines). A gauche : des joncs dans un milieu (partiellement?) d’eau douce. A droite : le milieu marin (marée basse). Ce sentier est un exemple d’exploitation indirecte de l’eau : les touristes, attirées par la beauté des paysages maritimes, vont visiter l’Ile-aux-Moines. Afin de limiter l’érosion des côtes, la préfecture du Morbihan (56) a fait aménager un passage qui entoure presque la totalité de l’île. Ce projet de sentier côtier, qui a démarré voici une vingtaine d’années environ, a donné lieu à d’intenses débats avec des associations de propriétaires, de protection de la nature, et avec le préfet. A certains endroits, le sentier passe sur les propriétés, remettant en cause un des premiers droits de l’Homme et érodant ainsi la jouissance, et donc la valeur, de ces biens. Des associations écologiques, quelque fois gérées par des propriétaires eux-mêmes, arguaient que ce sentier allait attirer encore d’avantage de visiteurs sur un site déjà fragile et classé (zone Natura 2000). D’autres citoyens informaient simplement que l’on peut marcher sur la plage, espace public par définition, et lorsque la marée haute empêche de franchir certains passages rocheux, comme la pointe de Brouël ou de Penhap, on peut toujours utiliser la route ou le chemin qui longe l’île, à l’intérieur des terres. Photo : BdF, le 11 juillet 2020.

Afin de préserver le littoral de l’érosion de la mer, des murs en pierre, véritables digues marines, ont été construits autrefois et demeurent encore aujourd’hui. Le mur parcourant la baie du Guerric en est un parfait exemple : il protège la plage, en l’empêchant de reculer, ainsi que la route de Brouël qui permet au public et aux véhicules (y compris les camions de livraisons ou de chantier) d’aller depuis le port jusqu’à la pointe est de l’Ile-aux-Moines. Enfin, cet aménagement du littoral garantit la pérennité des habitations et de la chapelle situées le long de cette portion de route.

A ce titre, la création des futures portions, restant à construire, du sentier côtier peut être une bonne occasion pour aménager le littoral et préserver ce dernier de l’érosion marine. En effet, la réalisation d’une digue, lorsque cela est possible et géographiquement pertinent, permettrait à la fois d’offrir aux visiteurs un joli point de vue sur le Golfe mais aussi d’offrir une barrière solide, et surtout réparable ou remplaçable. Tout cela serait bien sûr fait en diminuant le côté intrusif que peut représenter le sentier dans certaines propriétés.

Faute d’absence d’aménagement permettant aux promeneurs de marcher à pied sec, c’est-à-dire au-dessus du niveau atteint par la mer à marée haute, avec le coefficient le plus élevé, la commune n’aura d’autre choix que de faire passer le sentier dans le jardin de la maison concernée. Emmanuel Cueff, résidant à l’Ile-aux-Moines, en a fait l’amère expérience en voyant sa demande de contournement du sentier rejetée par le tribunal administratif (en référé) en août 2010. [11]«Sentier côtier. Le juge rejette la requête d’Emmanuel Cueff » in Le Télégramme, 3 septembre 2010, consulté le 17/08/2019. [Disponible sur :] https://www.letelegramme.fr/local/morbihan/vannes-auray/cantonvannes/ileauxmoines/sentier-cotier-le-juge-rejette-la-requete-d-emmanuel-cueff-03-09-2010-1037621.php#hYX7I1pFzUW3AjlK.99

Muret de la Baie du Guerric. On peut apercevoir les maisons sur le côté sud de la route. Photo BdF : 30 juillet 2017.
Carte détaillée de la Baie du Guerric, à l’est de l’Ile-aux-Moines. La digue suit le parcours de la route exposée au vent du nord. Le côté sud de la route est bordée tout du long de maisons dont certaines présentent une architecture traditionnelle bretonne.

Une solution plus pacifique et à plus long terme serait une sorte de partenariat entre la commune et les propriétaires afin de partager les coûts de construction et de gestion des digues en pierres lorsque ces dernières sont situées dans les propriétés et donc en dehors du domaine public. Ces digues bénéficieraient à l’ensemble de la commune en évitant à son territoire, très exposé à la mer, de diminuer et lui épargnerait de voir ses aménagements, comme le sentier justement, menacés par les éléments naturels.

Les voies de communication, et notamment les routes, souffrent d’une gestion chaotique. La route départementale D316A parcourt l’île depuis le port jusqu’à la place du marché. Ensuite, les routes sont des voies communales et donc dépendent du budget – et de la gestion – de la Mairie. Ces aménagements, véritable prolongement de la colonne vertébrale insulaire qui débute par le port et la départementale, doivent être considérés comme prioritaires afin de permettre le flux des personnes et des biens – et donc la vie quotidienne – à l’Ile-aux-Moines.

Références   [ + ]

3 pensées sur “L’Ile-aux-Moines : face à la nature et à l’homme, quelles réponses ? Ré-éd.

  • 31 juillet 2020 à 16 h 09 min
    Permalink

    Trés intéressant, Bravo pour cet article !

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  • 15 juillet 2020 à 20 h 08 min
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    Article passionnant Pour la gestion des déchets on pourrait s’inspirer de l’exemple du Japon par ailleurs confronté aux enjeux de l’élévation des eaux. À suivre donc nb il faut évidemment interdire toute bagnole sur l’île y compris les taxis….

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  • 15 juillet 2020 à 9 h 18 min
    Permalink

    Trés bel article . Des solutions existent encore faut-il avoir le courage politique de les prendre !!!!!!

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