« Sécurité globale », l’effrayante dérive du pouvoir 1/2

Darmanin est en passe de réussir le tour de force d’interdire de filmer la police. Cette dernière a largement approuvé ce projet de loi. Or, personne ne va sortir gagnant de l’idée de « sécurité globale ». En cela, Gérald Darmanin est loin d’être l’homme providentiel pour les forces de police.

Le cancer de la société c’est le non-respect de l’autorité a dit Gérald Darmanin le 14 novembre dans le Parisien. Pas l’abus de pouvoir, les privilèges, les traitements de faveur, l’impunité, le pouvoir autoritaire, l’ensauvagement des élites, l’incompétence, les mensonges d’Etat, la corruption, l’extrême concentration des pouvoirs en un seul homme, pas les conflits d’intérêt ni la fraude fiscale. Pas la lepénisation du discours macroniste ni la hausse des violences conjugales et les promesses le temps de se faire élire, puis non tenues par la suite. Pas non plus la trahison et encore moins l’usurpation politiques.

Depuis sa nomination au poste de premier flic de France, Darmanin tente d’incarner la fonction. Comme tous les hommes moralement fragiles qui se retrouvent sur des postes à pouvoir, le glissement vers une dérive autoritaire s’observe. Comme si pour incarner la fonction et être crédible, il fallait forcément être autoritaire. Cela en dit long sur l’idée que se fait l’intéressé de sa propre légitimité à ce poste. La macronie est particulièrement compétente pour offrir à ces individus tourmentés des places d’extrêmes sensibilités. Eric Dupond-Moretti et sa vindicte personnelle contre les magistrats ont montré d’un côté la vérité de cette assertion mais aussi que la presse est bien un des derniers contre pouvoir pouvant canaliser les coups de folies narcissiques et névrotiques de ces individus.

Darmanin a commencé sa prise de fonction par un zèle impressionnant, qui consistait à porter plainte contre toute personne pouvant exprimer des ambiguïtés sur la police. La gouvernance par la peur est le choix porté par cet ancien contrôleur des finances publiques. Aujourd’hui, en pleine crise sanitaire, il décide de passer la vitesse supérieure. Pour cacher les violences illégitimes de certains policiers, dont les vidéos abondent sur la toile et qui ont même déclenché débats et questions de journalistes face à Edouard Philippe, Darmanin porte un projet de loi d’une dangerosité totale. Pour faire disparaître les choses qui fâchent, il faut interdire de filmer les choses qui fâchent. Qui peut se réclamer démocratique en agissant pareillement ? avec une telle logique ? Faire disparaître est une technique anti démocratique et profondément dangereuse pour celui qui compte faire sien le slogan français, qui certes est depuis longtemps dévoyé. Grace à Darmanin et à la République en Marche, le projet de loi sécurité globale fera disparaitre les Cédrid Chouviat, les Benalla, les violences policières sur Gilets Jaunes, les affaires Théo et Genevieve Legay. Les violences seront oubliées, impossibles à prouver et des actes d’impunité creuseront encore le fossé entre la police et sa population. Comment s’il en était besoin.

Le risque d’une radicalisation des pôles 

La loi de sécurité globale est bien une dérive autoritaire du pouvoir. Malgré les tentatives d’enfumage des députés LREM qui répètent à l’envie une partition apprise par cœur qu’il n’y aura aucun changement, leur parole est depuis longtemps inaudible. Pour preuve, l’article 24 du projet propose de punir d’un an de prison et de 45 000 euros d’amende la diffusion “par tout moyen, de l’image du visage ou tout autre élément d’identification – à l’exception du numéro de matricule, dit “RIO” – d’un policier ou d’un gendarme en intervention, quand cette diffusion a pour but qu’il soit porté atteinte à son intégrité physique ou psychique”.

Comment (et qui?) va-t-on décider qu’une vidéo plutôt qu’une autre visera à porter atteinte ou pas à l’intégrité physique ou psychique ? Surtout, le caractère psychique porte presque à la dérision. Filmer un policier en flagrant délit d’abus de pouvoir sur un manifestant n’entraîne pas systématiquement une réflexion sur la potentielle future atteinte psychologique du policier (alors qu’elle pourrait exister!).

Le Haut Commissariat aux Droits de l’ Homme de l’ONU a exprimé ses préoccupations concernant une atteinte importante aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales en France. Est-ce donc ici en sont rendu Macron et sa clique pour faire taire de potentielles manifestations à venir ? Flirter avec le droit, administrer la peur comme la justice à des fins de dissuasion des masses, c’est faire état de son échec sur tous les autres fronts : le dialogue (et non pas le monologue), le projet de société (souillé par les mensonges et les promesses electorales non tenues comme la grande cause de l’égalité homme/femme), la chute de la confiance dans des institutions qui vacillent ou encore en un parlement qui n’est qu’une boîte d’enregistrement des souhaits du président.

Perdre de vue à ce point son identité dans cet autoritarisme est inquiétant et ne va que diviser ce qui peut encore être divisé et accroître encore un peu plus la peur que la police inspire, et ce n’est pas non plus pour faire ses affaires. Si la police dans sa majorité approuve ce projet de loi, elle souffre de l’autre côté d’une image publique à améliorer. Ce cercle vicieux ne sera pas comblé par cette loi qui inspirera encore de la crainte sur de la crainte. Au contraire, la police ne doit pas confondre crainte et respect. De fait, personne ne semble être gagnant de cette loi, sauf le politique qui, toujours un peu plus, se dissimule derrière sa police qu’il méprise et qu’il n’hésite plus à diaboliser pour survivre.

L’autoritarisme est un aveu d’échec, une peur du peuple et un manque de confiance en sa propre place, sa propre légitimité. En cela, l’autoritarisme pose une double question de confiance. Dans les deux cas, il y a crise. Dans les deux cas, la police n’en sortira pas grandie.

(Photo de couverture : le mur jaune (2019). Avec le projet de loi « Sécurité Globale », les journalistes pourraient être attaqués en justice pour avoir fait un travail d’information nécessaire à tout fondement démocratique). 

Note de CC : Jeudi 26 novembre 2020, huit jours après la publication de ce présent article, le site Loopsider révélait un passage à tabac par trois policiers, à Paris le 21 novembre, d’un producteur de musique : Michel.  

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