Jean-Noël Barrot : un homme bien accompagné?

En consultant un article de 78 Actu, au sujet de la liste de Jean-Noël Barrot (MoDem) et d’Aurore Bergé (LREM), pour les prochaines élections régionales, contrib.city s’est demandé si le député, depuis le départ, était bien entouré. Ce brillant économiste, passé par HEC et le MIT, est devenu ensuite fonctionnaire et professeur de la prestigieuse école de commerce. Puis il s’est retrouvé propulsé par la mouvance LREM du Président de la République, Emmanuel Macron, pour atteindre le poste de député et vice-président de la Commission des Finances de l’Assemblée Nationale, dans le cadre du groupe centriste MODEM piloté par François Bayrou. Tout porte à croire, donc, que le député yvelinois, intellectuel hors-pair, est donc bien entouré et dispose d’aides puissantes. Mais derrière ce décor, voyons d’un peu plus près la réalité des choses. 

Tout d’abord, l’image de modération de Macron, auquel donc est lié le MODEM, a terriblement souffert lors des manifestations des Gilets Jaunes et des Soignants dans les différentes métropoles françaises, et notamment sur les Champs-Elysées à Paris, en 2018 et 2019. Si certains groupes ont agi d’une manière violente – certaines scènes pouvant même être apparentées à des scènes de guérillas urbaines – la majorité des personnes ont simplement exercé leur droit de manifester. Une des réponses des forces de l’ordre fut d’utiliser des lanceurs de balles de défense[1]LBD. Problème : si les gendarmes avaient reçu la formation adéquate pour utiliser ce type d’arme (classé comme « non létal »), les policiers de la Brigade anti-criminalité (BAC) l’étaient nettement moins mais en avaient pourtant fait largement usage. Devant l’afflux des manifestants, certains policiers, n’ayant bénéficié d’aucun ou uniquement d’un faible entraînement quant à l’utilisation de LBD, plusieurs dizaines de citoyens, innocents, se sont retrouvées handicapés à vie : estropiés, borgnes et/ou défigurés. Le neurochirurgien Laurent Thines, du CHU de Besançon, qui a obtenu 68.000 signatures contre l’utilisation des Lanceurs de balles de défense (LBD) parle de blessures de guerre. Le 30 janvier 2019, le journaliste Jacques Pezet, de Libération, faisait état de 144 blessés graves. Le juriste Driss Aït Youssef, 39 ans, expert en ingénierie des risques, souligne le manque de formation des policiers et préconise la suspension des LBD pendant les manifestations, sauf lorsque ce[s] dernière[s)] se transforme[nt] en émeute[s] urbaine[s].

On est assez loin d’une image de politiques modérées, n’est-ce pas ? L’actualité a oublié. Contrib’City s’en souvient et rappelle les évènements.   

CC passe rapidement sur la pandémie du Covid 19 : entre la gestion des masques et la fourniture des vaccins, les faits parlent d’eux-mêmes et prouvent une série de bévues graves. Avec le résultat que l’on sait : de nombreux décès et une économie arrêtée ou fortement ralentie avec toutes les conséquences sociales et médicales. Sans parler d’une dette publique qui a explosé depuis un an et demi et qui cumule, aujourd’hui, à plus de deux fois les revenus de l’Etat français, sans compter les engagements à long terme.

Un point est à retenir : la traversée des épreuves auxquelles doivent faire face les habitants ont tendance à mettre à nu la personnalité des décideurs politiques, derrière des discours souvent écrits par des professionnels et reflétant peu la réalité. Or, lorsque la tempête souffle, l’équipage doit pouvoir faire confiance à son capitaine et à ses proches lieutenants. Encore faut-il que ces derniers se montrent dignes de cette confiance en faisant preuve, notamment, de transparence. Didier Migaud, Président de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, se félicite des résultats de l’organisme qu’il dirige :  Si, aujourd’hui, nous constatons un taux très satisfaisant de respect des obligations déclaratives, de l’ordre de 99 %, ce résultat n’a pu être obtenu qu’après un travail de relance très soutenu de la part de la haute autorité. Contrib’City pourtant, dans son article du 25 février, avait démontré que dans les Yvelines, seuls trois (vice-)président(s) du conseil départemental avaient correctement rempli leurs déclarations à la HATVP. Il avait également prouvé que le manque ou l’absence de transparence[2]Au sens de la HATVP atteignait jusqu’aux plus hautes instances de l’Etat français, comme M. Bayrou par exemple.  Le leader du MODEM, et patron politique de M. Barrot, avait tout simplement oublié de faire la moindre déclaration à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique, ce qui est un délit pénal. Cela pourrait mettre le député yvelinois dans l’embarras, d’autant plus que ce parlementaire, spécialiste des questions financières, travaille justement sur les questions liées au financement de la vie politique.

Ce n’est pas tout. A l’échelle plus locale, dans les Yvelines, comme indiqué en début d’article, Jean-Noël Barrot s’est porté candidat[3]du latin candidatus, c’est-à-dire blanc. Les candidats romains s’habillaient en blanc. Cf : Petit Larousse, comme conseiller régional, avec sa collègue parlementaire Aurore Bergé. Cette charmante et jeune députée, née le 13 novembre 1986, passée par Sciences-Po puis par le salariat privé – fait peu commun chez les politiques –  mène depuis 2002 une belle carrière publique. Après avoir connu plusieurs mouvances de la droite, elle atteint l’Assemblée Nationale à seulement 30 ans! Donc, apparemment, un beau « couple » politique, jeune, dynamique, dans le vent et prêt à conquérir les suffrages yvelinois pour le Conseil régional de l’Ile-de-France. Mais – patatras! – en choisissant cette partenaire électorale, M. Barrot qui pourtant connaît Contrib’City, a oublié de vérifier si la députée Bergé avait bien rempli sa déclaration à la HATVP. Le site, lui, n’a pas oublié de le faire et qu’a-t-il constaté? Tout simplement que Mme Bergé, dans sa dernière déclaration du 23 décembre 2019, n’indique ni les dates ni les rémunérations de son poste de député. Or, élue le 21 juin 2017, elle avait deux mois, selon la loi, pour déclarer sa nouvelle fonction. Selon les informations que l’élue a transmises à la Haute autorité, elle aurait bénéficié d’un peu plus de 28.000 € bruts en 2017 en travaillant pour l’agence de communication Hopscotch. Mais aucune information ne s’affiche quant à ses rémunérations depuis 2018 jusqu’à aujourd’hui. Rien. Encore une grande timide face à la dame HATVP… Elle aurait pu pourtant demander conseil à ses anciens camarades de Sciences-Po ou demander de l’aide au Pr Barrot, ou bien encore lire les articles de votre site préféré. Toujours est-il que l’expert en finances publiques se trouve politiquement lié, une fois de plus, à une personne qui non seulement n’a pas respecté les devoirs de transparence mais encore, en tant que parlementaire, aurait dû plutôt montrer l’exemple. Or, la transparence n’est-elle pas indispensable pour la démocratie participative, c’est-à-dire, selon les propre mots de Barrot, le partage de l’exercice du pouvoir, des responsabilités, fondé sur une association plus large des citoyens à la prise de décision?

Enfin, Jean-Noël Barrot se présentait comme celui qui se consacrait tout entier à sa fonction, notamment au travers d’une BD, apparue dans sa gazette en début de mandat et intitulée : Une semaine dans la vie du député. On y voit un parlementaire, occupé jour et nuit, au moins du lundi au samedi, partageant son temps entre le terrain et l’Assemblée. Voilà maintenant qu’il ne souhaite plus remplir cette fonction qu’à temps partiel. A moins qu’à l’instar de l’une des vice-présidentes départementales de sa circonscription, elle-même actuellement en campagne électorale[4]Sous réserve de changement., et à qui le député a rendu visite en février et mars dernier, il réalise deux temps pleins sur le terrain! Quitte, pour cela, à faire déborder, tel un verre déjà rempli, son emploi du temps et l’esprit originel de notre démocratie : des citoyens au service des autres citoyens, et non pas une élite politicienne professionnelle[5]le père de JN Barrot fut lui-même Ministre de la santé occupée à sa carrière et de plus en plus éloignée du peuple qu’elle est censée représenter. De plus, dans le cas où JN Barrot serait réélu, quelle fonction favoriserait-il : celle comme législateur national ou bien celle comme membre d’un organe exécutif local? Si jamais un conflit d’intérêt naissait entre un projet de loi national et le choix d’un projet francilien, comment faire? S’il devait se prononcer, un jour, sur des questions de décentralisation et décider – ou non – d’aider à la croissance d’une ou plusieurs métropoles en province, comment ferait-il? Cela dit, le cumul des deux fonctions publiques conduirait à une jolie situation financière : aux 7240 € bruts mensuels, il faudrait rajouter 2722 € bruts par mois (voire 2994 € dans le cas où l’élu serait membre d’une commission permanente, soit 2811 € en prenant en compte le plafond), soit 9962 € bruts (voire plus de 10.000 € bruts). A comparer avec le salaire médian français de 1950 € bruts environ[6]1735 € nets par mois en 2017, le tout dans un contexte de grave déficit public.

Nous reviendrons, de toute façon, sur le thème de la représentation, avec notamment cette question : est-ce que le Parlement représente, dans les faits, l’ensemble des Français? Dans la mouvance de l’économiste Michel Godet, contrib.city approfondira, dans un prochain article, cette problématique qui ne date pas d’hier.

(Photo de couverture : Jean-Noël Barrot, lors d’une réunion électorale à Jouy-en-Josas, le 23 mais 2017. BdF)

Déclaration de la députée Aurore Bergé. Copies d’écran datées du 3 mai 2021. La date et les rémunérations liées à son poste de parlementaire ne sont pas affichées, alors que la loi relative à la transparence de la vie publique le demande.
Candidature aux élections régionales des députés Jean-Noël Barrot et Aurore Bergé. Copie d’écran datée du 3 mai 2021.

Références[+]

2 réflexions sur “Jean-Noël Barrot : un homme bien accompagné?

  • 5 mai 2021 à 8 h 44 min
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    Finissons en avec ces cumuls une bonne fois pour toute. C’est nous qui payons . Bon en même temps y aurait peut-être moins de volontaire pour faire de la politique. Une sorte de sélection naturelle s’opérerait.

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  • 3 mai 2021 à 20 h 17 min
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    mr Barrot est prof dans une ecole de commerce il fait commerce de son activitée de deputé

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