Jouy-en-Josas – L’affaire des Serres

L’année dernière, une famille d’horticulteurs, qui cultive ses plantes depuis plus de cinquante ans au 14 rue Victor Hugo à Jouy-en-Josas, a décidé de vendre sa propriété qui se caractérise par la présence de plusieurs serres. Un promoteur s’était déclaré intéressé pour acquérir ce magnifique domaine, doté de trois maisons et d’un espace agricole de 4816 m2, afin d’y construire un lotissement de maisons individuelles. Dans ce quartier pavillonnaire, ce lotissement se serait bien intégré.

Mais c’était compter sans la mairie. Cette dernière a préempté ce domaine pour un coût de 1,6 million d’euros pour y construire une ferme urbaine. 300.000 € ont déjà été inscrits au budget communal de 2022 pour des études préalables. A ces coûts, il faudra rajouter le chantier lui-même. Tout d’abord, la commune devra détruire certaines de ces serres, car elles contiennent de l’amiante. Ensuite, il sera nécessaire de préserver celles qui sont classées au patrimoine historique. Enfin, le conseil municipal sera également dans l’obligation de bâtir un mur ou une clôture de séparation entre les deux parcelles de la propriété : celle qui est habitée (et où vivaient les anciens propriétaires) et celle de près d’un demi-hectare où sera aménagé le maraîchage. Contrib’City estime le coût du chantier à 600.000 € minimum, d’autant plus que la manipulation de matières sensibles, comme l’amiante, exige des équipements spéciaux et du temps de travail supplémentaire. L‘ensemble du projet est donc estimé, au bas mot, à 2,5 millions d’euros.

Pour le contribuable jovacien, cela revient à un coût de 520 €/m2 minimum alors que le prix du mètre carré agricole, dans les Yvelines, se situe entre 1 et 2 €. Les habitants de Jouy-en-Josas peuvent donc légitimement se poser cette question : Joli lot de serres, à quoi bon tu sers?

A moins que cet espace vert ne se transforme en jardin des Hespérides, et que ses éventuelles pommes deviennent d’or, il est peu probable que la vente des fruits qui en résulterait permette aux contribuables de rentabiliser cette dépense de plusieurs millions. Par contre, il est fortemement possible que ces derniers soient pris pour de bonnes poires bien juteuses et que les charmantes nymphes cueilleuses ne se métamorphosent en feuilles d’impôts locaux toujours plus élevés ! Ces derniers, d’ailleurs, à force de monter, ne vont-ils pas atteindre des sommets comparables à l’Atlas?

L’opposition locale évoque la possibilité de mettre un potager dans le fond de la vallée, là où l’eau flue abondamment, parfois même trop, à l’air libre ou juste sous la pédocénose : parmi différentes propositions, dont celle de l’INRAe, on trouve justement l’endroit où la mairie a prévu de faire construire sept gros immeubles (pour un total de 129 appartements), en pleine zone inondable (1,10 m de hauteur d’eau le 22 juillet 1982). Des travaux de dépollution devront être également effectués sur ce terrain. L’opposition évoque aussi, comme exemple, la future ferme maraîchère aux Loges-en-Josas : 20.000 m2 de terres payées au tarif agricole (et non au prix urbain comme pour le projet des Serres à Jouy).

Contrib’City n’a pas encore compris la logique : d’un côté, on refuse à un promoteur de construire un lotissement dans un quartier pavillonnaire où il faut pomper l’eau car le quartier est sur un plateau. De l’autre, malgré des pétitions et une manifestation, la municipalité procède à la construction d’un vaste chantier sur un terrain qui fut certes une friche industrielle, mais qui est aujourd’hui occupé et entouré d’espaces verts et abondamment pourvu d’eau.

Quelle pensée derrière tout cela? Laurent Mauron, du Parisien, cite François Bréjoux, adjoint au maire délégué à la transition écologique et énergétique, et précise que l’objectif de ce projet est d’aménager un lieu de détente pour les riverains du quartier.

Toutefois, votre site d’informations a enquêté plus en détails sur les tenants et aboutissants du projet des Serres. Commençons par un fait bien connu des urbanistes : la présence d’un espace vert public à côté d’une propriété privée apporte une plus-value à cette dernière. CC estime cette plus-value à 10% de la valeur marchande du bien immobilier. Or qui possède un bien immobilier quasiment en face des Serres? Qui?

Tiens, tiens – mais c’est un pur hasard – nous trouvons le premier-adjoint au maire de la municipalité de Jouy-en-Josas. Celui-ci bénéficie, en tant que propriétaire et usufruitier, d’un joli domaine de 4421 m2 (source cadastrale), situé entre la rue Victor Hugo et la rue Pierre Vaudenay. Mais ce n’est pas tout! Si l’on compte les proches du premier-adjoint – fils, épouse et nièce – la superficie du bien monte à 7436 m2. L’ensemble immobilier contient quatre grandes maisons et une ancienne grange transformée en garage et sa valeur atteint 5,5 millions d’euros (estimation basse). 

Lorsqu’une propriété construite jouxte une autre également habitée mais bénéficiant d’une très grande zone verte, la première profite de la qualité de vie apportée par la seconde. Mais, il existe toujours le risque que la seconde soit morcelée et vendue pour finalement être densifiée (c’est-à-dire que l’on construit de nouveaux logements sur l’ancien jardin). Cependant, si la collectivité locale décide de préempter cette deuxième propriété et de transformer l’ancien jardin privé en zone verte publique (jardin, verger, potager, etc), alors le caractère bucolique est préservé sur le long terme, ce qui donne un bien-être et une plus-value substantielle aux domaines voisins. Le Préfet Haussmann l’avait bien compris puisque, lors de la rénovation de Paris, il avait ordonné que chaque Parisien soit proche d’un jardin public (CARMONA Michel, Haussmann) donc d’un endroit que l’on aménage mais que l’on ne construit pas.

Bref, voilà une bonne affaire, rondement menée! Tant mieux pour les voisins et tant pis pour les contribuables Jovaciens qui vont devoir payer la facture : 2,5 millions d’euros! Une facture qui risque de voir les comptes de la commune soumis à un rude effet de serre, d’autant plus que l’édile de la ville nous a informés que le budget communal [était] un exercice de plus en plus difficile.

Pour tenter, malgré tout, un peu d’humour, et comme il s’agit de la rue Victor Hugo, nous terminerons sur ce mot : Bon appétit, Messieurs!

Rue Victor Hugo, à Jouy-en-Josas. Photo BdF, prise le 26/11/2021 depuis le carrefour avec la rue Pierre Vaudenay. Le domaine des serres se situe à droite de la voie. Coté numéros impairs (à gauche), on remarque les travaux d’enfouissement de la ligne électrique (en cours).

Photo de couverture : l’ancienne exploitation horticole préemptée par la mairie de Jouy-en-Josas, dans le cadre d’un projet de micro-ferme urbaine estimée à 2,5 millions d’euros (estimation basse). Le côté Est de la rue Victor Hugo longe la propriété. Source : Google Earth, 25 juillet 2019.

7 réflexions sur “Jouy-en-Josas – L’affaire des Serres

  • 29 novembre 2021 à 20 h 14 min
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    peut etre serait il temps de nommer un expert psychiatre capable de juger de la sante mentale et de la capacite à prendre des decisions de cette equipe municipale

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  • 29 novembre 2021 à 11 h 12 min
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    Merci pour votre article dont j’ignorais les enjeux ; 2 M 5 € !!!
    Fichtre.
    M Bréjoux explique donc cela par la création d’un lieu de détente pour les riverains du quartier.
    Mais où habite M Bréjoux ? Je veux dire, sur quelle planète…
    Il y a au Metz, A MOINS DE 200 m à VOL D’OISEAU de ces serres, un parc arboré d’environ 9000 m².
    Pêle-mêle : Mare, pistes de boules, tables de ping-pong, jeux pour enfants ( toboggans etc…), espace clos pour les tout petits, bancs, allées de promenade… tout cela bien sûr, scrupuleusement entretenu par les services de la mairie.
    Un quartier privilégié de pavillons avec jardins a-t-il besoin de dépenser 2 M 5 € pour plus de “détente” ?
    Je serais vraiment intéressé que M Bréjoux vous développe ses arguments.

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  • 26 novembre 2021 à 22 h 57 min
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    Marie Hélène obère le budget de la ville…

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  • 26 novembre 2021 à 16 h 57 min
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    Quid des frais d’avocats ? rond point ? chateau du bois du rocher? etc….. les additions pour les contribuables que nous sommes s’accumulent !

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    • 26 novembre 2021 à 17 h 00 min
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      Voilà effectivement de bonnes questions!

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  • 26 novembre 2021 à 16 h 14 min
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    Merci Mr de Foucault pour cet article, on comprends le pourquoi de cet achat soudain de la maire, le budget largement grevé par cette folie. Nous n’avons qu’à attendre la hausse des impôts qui va aussi grever le portefeuille de chaque Jovacien.

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    • 26 novembre 2021 à 16 h 57 min
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      Bonjour et merci de votre réflexion. Je pense que les impôts locaux vont effectivement continuer à augmenter, au vu de la gestion des deniers publics à l’échelle départementale comme à celle de la commune.

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